La Coalition Stop the War et l'effondrement du mouvement anti-guerre officiel

Aujourd’hui, Stop the War Coalition (STWC) organise une manifestation à Londres pour exiger « Des pourparlers de paix maintenant – Arrêtez la guerre en Ukraine ». Ses principaux slogans sont « Non à l'invasion russe », « Non à l'OTAN » et « Non à la guerre nucléaire ». Mais cet événement sera un nouveau jalon dans l'effondrement du mouvement anti-guerre officiel et mettra en évidence le besoin urgent d'une nouvelle perspective politique.

Lors d'une conférence nationale Stop the War en janvier, son vice-président Andrew Murray a noté que l'organisation avait mené la «vaste manifestation il y a 20 ans contre la guerre en Irak», mobilisant un million de personnes ou plus. Aujourd'hui, la Coalition Stop the War n'est plus que l'ombre d'elle-même et le mouvement anti-guerre a été totalement démobilisé grâce à la politique qu'il a menée pendant plus de deux décennies.

Des manifestants descendent en masse l’avenue de Whitehall à Londres lors d'une marche vers Hyde Park pour manifester contre une guerre visant l'Irak. 15 février 2003 [AP Photo/Alastair Grant, File]

Lors du rassemblement de 2003, la STWC, fortement porté sur la dénonciation de Tony Blair en tant qu'individu, avançait l'affirmation qu’une coalition de la gauche travailliste, de la bureaucratie syndicale, des libéraux démocrates et des Verts pourrait persuader le gouvernement travailliste d'adopter une politique étrangère plus pacifique, calquée sur la France et l’Allemagne, des pouvoirs prétendument plus progressistes.

Ce n’était pas une stratégie anti-impérialiste, mais bien plutôt une stratégie dirigée uniquement contre les États-Unis. Elle faisait directement appel à une partie de la classe dirigeante qui estimait que la Grande-Bretagne payait un prix trop élevé pour le peu de gain qu’elle tirait des guerres menées par les États-Unis.

L'alternative proposée depuis lors a été énoncée explicitement au début de 2022, dans le contexte de la marche à la guerre en Ukraine. Dans une déclaration du 21 janvier 2022, l'organisation appela à « une nouvelle architecture de sécurité globale en Europe et non sous l'hégémonie d'un seul État. Nous exigeons que le gouvernement britannique et le Parti travailliste prennent leurs distances d’avec la politique et les priorités des États-Unis et développent une politique étrangère indépendante ».

Ces deux dernières décennies, Stop the War a appelé à maintes reprises des gouvernements britanniques successifs à adopter cette position. Le point d'orgue de sa campagne devait être l'élection de Jeremy Corbyn à la direction du Parti travailliste, une transition directe depuis son poste de chef de STWC. Mais loin de se battre pour une politique étrangère plus pacifiste, Corbyn s’est prosterné devant la droite blairiste. Il a abandonné son poste de président de Stop the War, a permis aux députés travaillistes un vote libre sur le bombardement de la Syrie et a abandonné son opposition à l'adhésion à l'OTAN et au système d'armes nucléaires Trident.

Le désastre produit par cette perspective est maintenant presque complet. Ses deux piliers ont été détruits. Tant la gauche travailliste et syndicale que les puissances européennes se sont alignées à un degré sans précédent sur la guerre menée par l'OTAN contre la Russie.

La STWC a été contrainte d'annoncer sa manifestation de samedi avec l'observation suivante: « Le diktat de Keir Starmer il y a un an a empêché les députés travaillistes de critiquer l'OTAN, faisant ainsi taire toute opposition des députés travaillistes à la guerre en Ukraine. Un an plus tard, ce silence est toujours assourdissant. »

Pour la première fois dans l'histoire de l'organisation, pas un seul député travailliste n'a assisté à la conférence nationale de Stop the War le mois dernier.

Le président actuel, le stalinien Andrew Murray, l'a balayé en affirmant que ce n'était pas parce qu’« aucun député travailliste n'était d'accord avec la position de Stop the War [sur la guerre en Ukraine] mais parce que le chef du Parti travailliste [Keir Starmer], se révélant être chaque jour un impérialiste autoritaire, a clairement indiqué que tout député travailliste sacrifierait son adhésion au groupe travailliste et son siège au Parlement s'il s'associait au mouvement anti-guerre, une chose que même Tony Blair n'a pas faite ».

C'est là une répugnante apologie. Quiconque fait passer l’adhésion au groupe parlementaire travailliste avant son opposition à un conflit menant rapidement à une troisième guerre mondiale est un scélérat politique qui ne s'opposera jamais à aucune politique avancée par Starmer ou ses alliés effectifs dans la guerre au sein du gouvernement conservateur.

Corbyn a été expulsé du groupe parlementaire travailliste et Starmer lui a dit qu'il ne se présenterait plus jamais pour être député travailliste. Mais Corbyn est resté aussi silencieux que onze de ses anciens alliés dans ce qui reste du Groupe de campagne socialiste (SCG) des députés travaillistes, qui ont tous abandonné leur soutien au STWC moins d'une heure après que Starmer les eut menacés d'expulsion pour avoir signé la déclaration (article en anglais) du 18 février 2022 de Stop the War .

La déclaration de la Stop the War Coalition du 18 février 2022 ne porte plus que les noms de deux députés en sa faveur, qui siègent tous deux en tant qu'indépendants au Parlement. Il s'agit de l'ex-dirigeant travailliste Jeremy Corbyn, expulsé du Groupe parlementaire travailliste par Starmer, et de Claudia Webbe, autre ex-députée travailliste. [Photo: screenshot-stopwar.org.uk]

Le dernier tweet de Corbyn sur la guerre date de novembre dernier. Il y disait: « Je condamne l'invasion russe, la guerre contre l'Ukraine et l'occupation illégale. Aujourd'hui, j'ai demandé au ministre des Affaires étrangères quel rôle l'ONU peut jouer dans la mise en place d'un processus de paix pour éviter toute nouvelle perte de vie. »

Corbyn, qui mène maintenant une campagne illusoire et répugnante pour obtenir le droit de se présenter pour le Parti travailliste aux prochaines élections parlementaires, semble avoir mis encore plus sous le boisseau ses liens avec Stop the War; il ne figure pas comme intervenant à l'événement d’aujourd’hui. Le promouvoir comme leader anti-guerre est une tromperie et un crime politique.

Un nombre important de travaillistes de gauche ne sont pas simplement intimidés par Starmer mais soutiennent activement la guerre de l'OTAN. Le plus en vue est l'ex-ministre fantôme des Finances de Corbyn, John McDonnell.

Dans un article pour Labor Hub le 21 février, McDonnell insiste pour dire que l'Ukraine doit recevoir des armes, balayant de la main le fait que « d'autres » avaient « soutenu que l'envoi de plus d'armes risquait d'aggraver la guerre ». Il fallait envoyer ces armes car « les armes réclamées sont pour la défense » contre « la perspective réaliste de l'assujettissement de l'Ukraine […] par un agresseur impérialiste », c'est-à-dire la Russie.

Il a apposé sa signature sur une déclaration de la Campagne de solidarité ukrainienne pro-OTAN publiée la semaine dernière qui déclare : « Une paix démocratique et durable pour les peuples d'Ukraine et de Russie exige la défaite de l'impérialisme brutal de la Russie » et exige « le don à l'Ukraine de tout l'équipement militaire britannique excédentaire devant être remplacé, en particulier les 79 chars Challenger, les 170 véhicules de reconnaissance Scimitar, tous les véhicules de combat d'infanterie Warrior, les avions de chasse Typhoon ».

Le ministre des finances fantôme John McDonnell (à gauche) avec Jeremy Corbyn (à droite) lors de son discours devant le congrès du Parti travailliste à Brighton, en Angleterre, le lundi 23 septembre 2019.

Ont signé cette déclaration avec McDonnell d'autres membres du SCG : Nadia Whittome, Clive Lewis, Rachael Maskell, Lloyd Russell-Moyle et Ian Lavery. A l’exception de Lavery, ces députés ont rejoint une scission interne du SCG au début de 2022 pour forger une relation plus étroite avec la direction de Starmer.

Parmi les autres signataires figuraient le secrétaire général du syndicat GMB Gary Smith, le secrétaire général du syndicat du rail ASLEF Mick Whelan, le secrétaire général adjoint du syndicat des services publics PSC John Moloney, des membres de l'exécutif national du syndicat de l'éducation NEU et des «militants» du syndicat des universitaires UCU, d’Unite, et du syndicat des soignants RNC.

La bureaucratie syndicale a presque entièrement abandonné la STWC et apporté son soutien aux objectifs de guerre de l'impérialisme britannique en Ukraine. En avril 2022, le GMB, ASLEF, le syndicat des transports TSSA, le PCS, l'UCU, le syndicat de la communication CWU et le syndicat de l'alimentation BFAWU ont tous participé à une manifestation pro-guerre « Syndicats aux côtés de l'Ukraine » où l’on scandait « des armes, des armes, des armes pour l’Ukraine !».

La conférence de la confédération syndicale TUC (Trades Union Congress) en octobre dernier adopta une motion rédigée par le GMB, appelant à une augmentation des dépenses militaires et à un engagement en faveur du système d'armes nucléaires britannique.

Cet alignement sur la guerre fait que la manifestation Stop the War d’aujourd’hui n’aura pas d’orateur du Parti travailliste et seulement un représentant syndical – Riccardo La Torre du syndicat des pompiers FBU.

L'affirmation que les puissances européennes représentent un contrepoids à l'impérialisme américain a été si fortement promue au rassemblement de 2003 que les participants y ont crié «Vive la France ! ». Aujourd'hui, ce cri est repris par les forces armées ukrainiennes qui reçoivent des véhicules blindés de combat français AMX-10 RC, des chars d’assaut Leclerc, les avions de chasse Mirage n'étant pas exclus. L'Allemagne s'est déjà engagée à envoyer des chars d’assaut Leopard. Et l'Union européenne dans son ensemble se prépare à préfinancer armes et munitions sur son propre budget.

La réticence de l'Europe à s'impliquer dans l'invasion et l'occupation de l'Irak n’eut bien sûr jamais rien à voir avec une opposition à la guerre. Son objectif était de briser les efforts de l'impérialisme américain pour s'établir comme puissance hégémonique mondiale incontestée dans le «moment unipolaire» produit par la fin de l'URSS et la restauration capitaliste. Ils se sont opposés à la guerre au Moyen-Orient parce qu'ils étaient mal placés pour faire avancer leurs propres intérêts dans une telle guerre.

Maintenant, les mêmes intérêts dans les nouvelles circonstances de la guerre en Ukraine les ont amenés à accélérer leurs propres dépenses militaires et leurs plans de guerre pour s'assurer une part du butin en pétrole, gaz et minerais essentiels, en jeu dans le conflit avec la Russie. Et des tensions sociales massivement exacerbées les poussent à vouloir désespérément détourner la crise sociale vers l'extérieur.

L'« alternative » européenne sera donc représentée au rassemblement STWC par Sevim Dağdelen, membre du Parti de gauche allemand aligné sur l’aile dirigée par Sahra Wagenknect et Oskar Lafontaine. Ceux-ci lancent un appel direct aux figures de premier plan dans l'armée et dans le parti d’extrême droite AfD (Alternative pour l'Allemagne). Lafontaine affirme, en termes presque identiques à la STWC, que l'Allemagne et les autres pouvoirs européens sont « les vassaux les plus fidèles » des États-Unis. Il appelle à « la libération de l'Europe de la tutelle militaire américaine par une politique de sécurité et de défense européenne indépendante » et à « une alliance de défense commune entre l'Allemagne et la France ».

En 2016, à la suite du coup d'État anti-russe soutenu par les États-Unis et l'Europe en Ukraine, le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) a défini ainsi la base programmatique fondamentale d'un mouvement anti-guerre aujourd'hui :

· La lutte contre la guerre doit être basée sur la classe ouvrière, la grande force révolutionnaire de la société, unissant derrière elle tous les éléments progressistes de la population.

· Le nouveau mouvement anti-guerre doit être anti-capitaliste et socialiste, car il ne peut y avoir de lutte sérieuse contre la guerre que dans la lutte pour mettre fin à la dictature du capital financier et au système économique qui est la cause fondamentale du militarisme et de la guerre.

· Le nouveau mouvement anti-guerre doit donc, par nécessité, être complètement et sans équivoque indépendant et hostile à tous les partis politiques et organisations de la classe capitaliste.

· Le nouveau mouvement anti-guerre doit avant tout être international et mobiliser le vaste pouvoir de la classe ouvrière dans une lutte mondiale unifiée contre l'impérialisme.

Le 10 décembre 2022, l'International Youth and Students for Social Equality (Jeunes et étudiants internationaux pour l’égalité sociale) a organisé un rassemblement en ligne qui a lancé une campagne mondiale pour construire un mouvement contre la guerre OTAN-Russie sur la base de ces principes. Sa base objective a déjà commencé à apparaître dans la vague de grèves et de manifestations à l'international, en particulier en Europe, contre les coupes dans les salaires et les services sociaux, qui seront encore aggravées au service de la guerre.

Ce samedi, le CIQI organisera une réunion internationale en ligne sous le titre « La guerre en Ukraine et comment l'arrêter : une discussion en ligne sur la stratégie socialiste anti-guerre ». Il soutiendra qu'une stratégie anti-guerre « pour les travailleurs et les jeunes doit être basée sur une compréhension de ses causes profondes et de ses conséquences: quel est le contexte historique de cette guerre ? Quels sont les intérêts géopolitiques qui animent les États-Unis et les puissances de l'OTAN ? Quels facteurs sociaux et politiques ont déterminé la décision du régime de Poutine d'envahir l'Ukraine? Quelle est le rapport entre la guerre et la montée de la lutte des classes partout dans le monde?

Nous pressons les travailleurs, les étudiants et les jeunes d’assister à cette réunion et à contacter le Parti de l'égalité socialiste et l'IYSSE pour prendre leur place dans cette nouvelle offensive anti-guerre.

(Article paru en anglais le 23 février 2023)

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