« On ne peut pas continuer à être traités comme des esclaves » : Les travailleurs de l’usine de conditionnement de la viande JBS du Colorado en grève

Grève des ouvriers de conditionnement de la viande à Greeley, au Colorado, le 16 mars 2026

Plus de 1 000 ouvriers de l'immense usine de transformation de viande JBS de Greeley, au Colorado, ont bravé le froid glacial pour manifester pendant des heures tôt lundi matin. Ils faisaient partie des 3 800 travailleurs qui ont entamé une grève la veille, la plus importante du secteur depuis celle d'Hormel en 1985-1986.

Les ouvriers de l'usine sont membres de la section locale 7 du syndicat United Food and Commercial Workers (UFCW). Ce syndicat compte 23 000 membres au Colorado et au Wyoming, actifs dans les secteurs de l'agroalimentaire, de la grande distribution, du commerce de détail et de l'industrie manufacturière. Les responsables syndicaux ont tenté de rencontrer les représentants de l'entreprise samedi pour éviter la grève, mais leurs demandes ont été rejetées.

Cette grève intervient dans un contexte de recrudescence des grèves et des manifestations de masse aux États-Unis. Au début de l'année, des milliers de travailleurs de la santé en Californie, à Hawaï et à New York se sont mis en grève pendant des semaines, tandis que des dizaines de milliers d'habitants du Minnesota ont participé à des manifestations de masse les 23 et 30 janvier pour protester contre l'occupation de l'État par l'ICE.

La grève à Greeley est d'autant plus significative que l'immense majorité des employés sont des immigrés, qui ont lancé le mouvement en signe de protestation contre les exactions des autorités de l'immigration. C'est également la première grève d'envergure depuis le début de la guerre illégale et impopulaire contre l'Iran. Elle présage un conflit plus large opposant la classe ouvrière à l'administration Trump et à l'oligarchie qu'elle défend.

L'atmosphère était déterminée lors du piquet de grève de lundi. Les travailleurs ont défilé dans la rue et devant l'usine, tandis que les passants klaxonnaient et les saluaient en signe de soutien.

Des ouvriers manifestent devant l'usine JBS/Swift à Greeley, au Colorado, le 16 mars 2026.

Chris explique que l'une des raisons pour lesquelles lui, comme 99 % des ouvriers, a voté pour la grève est le dysfonctionnement du matériel. « Et beaucoup de responsables, notamment les superviseurs, abusent de leur pouvoir en ce qui concerne les pauses toilettes. »

Chris explique que les ouvriers ont droit à deux pauses et une pause déjeuner, mais que la direction « rechigne à nous accorder nos pauses ». Il raconte que certains superviseurs font attendre les ouvriers jusqu'à 30 minutes avant de les autoriser à aller aux toilettes.

Il ajoute que « c'est vrai » que certains ouvriers ont été contraints de se souiller sur la chaîne de production parce que leurs superviseurs leur interdisaient d'aller aux toilettes. « J'ai vu des ouvriers se pisser dessus. »

Concernant les conditions de travail dangereuses auxquelles sont confrontés les ouvriers du conditionnement de la viande, Chris se souvient qu'une semaine avant la grève, « quelqu'un avait oublié d'installer une vanne d'arrêt sur l'un des convoyeurs, une vanne qui permet d'ouvrir et de fermer l'eau. Un agent de maintenance est monté dessus pour essayer de la réparer et il a fini par tomber à la renverse, se cognant le dos contre un montant. »

Chris explique qu'il passe beaucoup de temps sur le convoyeur à retirer les objets qui, autrement, se retrouveraient dans la viande. « Il y a vraiment des choses bizarres qui se retrouvent là-dedans. » Il se souvient d'avoir retiré des crochets, des morceaux de convoyeur cassés et des bouts de bois.

Sur le piquet de grève de Greeley, plusieurs ouvriers ont dénoncé le fait que l'entreprise ait commencé à facturer aux employés tout équipement de protection individuelle (EPI) à remplacer. Chris se souvient s'être fait voler sa casquette dans son casier et avoir ensuite été obligé de payer 17 dollars pour la remplacer. Parfois, l'équipement n'est même pas remplacé lorsqu'il est manifestement cassé.

« Personnellement, » dit Chris, « j’ai demandé aux contremaîtres de remplacer une partie de mon matériel cassé ou endommagé. Ils ont refusé. » Il a fait référence à un gant en filet qu’il porte pour se protéger les mains des couteaux et des crochets, auquel il manque un grand morceau à l’arrière. « J’ai demandé au contremaître si je pouvais le faire remplacer et il m’a dit non. »

Interrogé sur les effets du travail à l’usine sur son corps, Chris a retiré un de ses gants et a montré aux journalistes du WSWS sa main, enflée et marquée par des années de labeur, la peau noircie par le travail et dont les marques ne disparaissent jamais complètement.

La main d'un ouvrier de l’usine de Greeley

L'usine de Greeley a été construite en 1960 par la société Monfort, basée au Colorado. Elle a ensuite fait partie de Swift & Company avant que la multinationale brésilienne JBS n'acquière Swift et ses actifs, dont l'usine, en 2007. Cette usine est non seulement l'une des plus grandes usines de transformation de viande bovine des États-Unis, mais aussi l'une des plus anciennes ayant survécu à la transition du secteur vers d'immenses abattoirs ruraux situés près des parcs d'engraissement de l'Ouest.

À propos de l'état de délabrement de l'usine, Chris a ajouté : « La semaine dernière, un des convoyeurs est tombé en panne et cinq morceaux se sont détachés.» Chris a indiqué s'être plaint à ses supérieurs de l'état des installations et du traitement des employés. « La plupart du temps, ils font la sourde oreille. Même la responsable de la sécurité me harcèle pendant mes trois pauses. »

Interrogé par les journalistes du WSWS sur la réaction des responsables syndicaux face aux problèmes de sécurité ou autres, Chris a déclaré : « Certains délégués syndicaux aident, d’autres font comme si de rien n’était. J’en ai vu certains se contenter de jeter un coup d’œil et de s’en aller. »

Une partie des ouvriers en grève à l’usine JBS, le 16 mars 2026

Chris se souvient d’avoir travaillé à l’usine en 2020 lorsque la COVID-19 a frappé l’établissement, infectant des centaines d’ouvriers et causant la mort d’au moins six personnes. « Ils ont même érigé un mémorial en hommage aux ouvriers il y a quelque temps », se souvient-il.

Edison a déclaré au WSWS qu’il était en grève car « nous avons besoin de cette augmentation de salaire pour essayer de suivre le rythme de l’explosion des coûts ». Il a souligné que les ouvriers de l’usine traitent souvent 2 600 têtes de bétail par quart de travail.

Interrogé sur son opinion concernant la guerre illégale contre l’Iran, Edison a répondu : « Je pense que toute cette guerre contre l’Iran n’est qu’une autre vaste opération de dissimulation de l’affaire Epstein. »

Kenny, un jeune ouvrier immigré, a déclaré au WSWS qu'il travaillait à l'usine depuis janvier 2026. « J'ai commencé à 23 dollars, mais le quart de nuit rapporte 24 dollars. Si vous êtes chauffeur, vous gagnez environ 26 dollars. »

Interrogé sur la question de savoir si ce salaire était suffisant pour vivre à Greeley, Kenny a répondu : « Non, ça prend 33 dollars de l'heure. »

Pour entraver le mouvement, l'entreprise a commencé à détourner des produits vers l'usine JBS de Cactus, au Texas. Les employés de cette usine sont membres de la section locale 540 de l'UFCW. À la question de savoir s'il soutiendrait les ouvriers de l'usine de Cactus s’ils se mettaient en grève et refuserait de traiter le bétail, Kenny a répondu avec enthousiasme : « Oui, ils doivent faire grève parce qu'on a besoin d'argent. »

Kenny a ajouté avoir entendu dire que des ouvriers étaient obligés de vivre dans un hôtel près de l'usine. « Ils les font venir, ils dorment mal, on en parlait déjà il y a longtemps. Maintenant, beaucoup vivent dans des appartements, certains à trois dans une même chambre. » Il s'agit probablement d'une référence aux travailleurs haïtiens qui ont porté plainte, affirmant avoir été attirés aux États-Unis par les promesses de salaire et de logement de JBS, pour finalement se retrouver entassés à onze dans une même pièce ou à plusieurs dizaines dans des logements sans électricité ni eau courante.

Interrogé par les journalistes du WSWS sur la possibilité que des agents de l'Immigration et des Douanes (ICE) ou des Douanes et de la Protection des Frontières (CBP) harcèlent ou intimident les travailleurs de l'usine, Kenny a ajouté avec défi : « Ils n'ont pas le droit de faire ça. S'ils le font, nous ne l'accepterons pas. »

En conclusion, Kenny a déclaré que ce combat « ne concernait pas seulement JBS ; chaque travailleur mérite un salaire décent. On ne peut pas continuer à être traités comme des esclaves. »

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