Sous couvert de la guerre américano-israélienne contre l'Iran

Israël commence son invasion terrestre du Liban préparée de longue date

Des débris jonchent une rue après les dégâts causés par une frappe aérienne israélienne à Dahiyeh, dans la banlieue sud de la capitale libanaise Beyrouth, le lundi 16 mars 2026. [AP Photo/Bilal Hussein]

La guerre lancée par Israël contre le Liban, soutenue par les États-Unis, est entrée dans une phase nouvelle et sanglante avec le début d'une invasion terrestre préparée de longue date, menée sous l'égide de la guerre impérialiste contre l'Iran, qui va s’étendre.

Des rapports humanitaires et de presse confirment qu'Israël est passé de frappes aériennes et d'artillerie intensives à des opérations terrestres dans tout le sud du Liban, dépassant largement les attaques transfrontalières qu'il menait depuis la fin de l'année 2024.

Une note humanitaire d'Assessment Capacities Project (ACAPS) datée du 4 mars indique qu'Israël a «initié une opération militaire à l'intérieur des frontières libanaises» le 1er mars 2026. Celle-ci se concentrait sur le Sud-Liban et déployait des troupes au sol au-delà de cinq positions au moins occupées par lui depuis novembre 2024.

TRT World, citant Reuters et des sources libanaises, a rapporté que le ministre israélien de la Défense Israël Katz avait publiquement autorisé des incursions au Liban et a déclaré qu'il avait ordonné à l'armée, avec le Premier ministre Benyamin Netanyahou, «d'avancer et de prendre le contrôle de positions stratégiques supplémentaires au Liban afin d'empêcher les attaques contre les communautés frontalières israéliennes».

Alors que l'offensive s'intensifiait, Axios a rapporté que les responsables israéliens prévoyaient une invasion à grande échelle pour s'emparer de toute la zone située au sud du fleuve Litani — soit environ le tiers sud du Liban — prétendant vouloir «démanteler l'infrastructure militaire du Hezbollah». Axios a qualifié cette incursion de plus grande opération au Liban depuis 2006.

Un haut responsable israélien, cité dans ce rapport, a cependant déclaré sans détour: «Nous allons faire ce que nous avons fait à Gaza», expliquant que l'objectif était «de s'emparer du territoire, de repousser les forces du Hezbollah vers le nord et loin de la frontière, et de démanteler ses positions militaires et ses dépôts d'armes dans les villages».

Cette déclaration indique clairement que l'invasion du Liban n'est pas une action de sécurité frontalière limitée, mais une occupation planifiée du territoire libanais accompagnée de la destruction systématique de villes et de villages entiers et de meurtre de civils, sur le modèle de la campagne génocidaire menée à Gaza au cours des 29 derniers mois.

La même propagande utilisée lors de la destruction barbare de Gaza — prétendant que les «tunnels terroristes», les «boucliers humains» et la «violence» du Hamas étaient la raison du massacre par Israël de plus de 70 000 Palestiniens — est aujourd'hui reproduite presque textuellement pour justifier l'assaut contre le Liban, le Hezbollah étant cette fois tenu pour responsable.

Les dirigeants politiques et militaires israéliens présentent l'offensive comme une nécessité défensive pour protéger les «communautés frontalières» et garantir le «retour en toute sécurité» des Israéliens dans le nord, tout comme ils ont invoqué la «sécurité» et le «retour des habitants dans le sud» pour justifier la destruction de Gaza.

Le récit d'Axios indique clairement que l'objectif est de faire de la région au sud du fleuve Litani un cordon démilitarisé sous contrôle israélien. Le régime sioniste bafoue les dispositions de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui a mis fin à la guerre de 2006 et imposé le retrait d'Israël tout en limitant la présence du Hezbollah dans le sud.

Depuis des années, les responsables israéliens, les stratèges des cercles de réflexion et les généraux à la retraite plaident pour une nouvelle «zone de sécurité» au Liban, qui ressemble fortement au régime d'occupation qu'Israël a maintenu par l'intermédiaire de son mandataire, l’ALS (Armée du Sud-Liban), de 1978 jusqu'à son retrait officiel en 2000.

La stratégie affichée du «faire ce que nous avons fait à Gaza» révèle que la propagande sur les frappes «de précision» visant des «infrastructures terroristes» n'est qu'une supercherie. Israël utilise les bombardements massifs et le dépeuplement de vastes portions du territoire libanais afin de créer pour lui une zone tampon et une base opérationnelle stratégique dans la guerre plus large menée contre l'Iran.

L'offensive de mars 2026 est le point culminant de plus d'un an d'attaques israéliennes de plus en plus intenses contre le Liban, qui ont commencé au lendemain du 7 octobre 2023, avant de connaître une escalade massive avec le début de la guerre américano-israélienne contre l'Iran. Depuis la fin de 2024, Israël a mené des frappes quasi quotidiennes sur des cibles qu'il prétend liées au Hezbollah, tout en maintenant des troupes dans au moins cinq positions au sud du Liban après le cessez-le-feu négocié en novembre 2024.

Le président libanais Joseph Aoun a dénoncé ces attaques comme des violations de la souveraineté libanaise et comme «un véritable crime», soulignant qu’elles visaient des civils et provoquaient des déplacements massifs de population. Les agences des Nations unies estiment qu’entre 750 000 et près d’un million de personnes ont été déplacées à ce jour au Liban dû à la dernière offensive israélienne et aux ordres d’évacuations de masse.

Le bilan cumulé pour la population libanaise — en particulier pour les enfants — est dévastateur. TRT World, citant des données de l'UNICEF, rapporte qu'au cours des 28 derniers mois, 329 enfants ont été tués et 1 632 blessés par les frappes aériennes israéliennes au Liban. Le nombre d'enfants tués s'élève à 412 au cours des six derniers jours seulement.

Derrière la terminologie pseudo-juridique sur les «infrastructures terroristes» se cache une campagne de punition collective dirigée contre des communautés entières du Sud-Liban et de la banlieue sud de Beyrouth — Dahieh — où sous prétexte de viser le Hezbollah les bombes israéliennes ont frappé à maintes reprises des zones résidentielles.

Parmi les nombreux incidents de ce type, la BBC a rendu compte des suites d'une frappe israélienne ayant tué une famille entière. Les proches insistent sur le fait que les victimes étaient des civils et non des combattants du Hezbollah, contredisant les affirmations de l’armée israélienne. Ces atrocités sont perpétrées avec le soutien militaire, politique et diplomatique total de l'administration Trump. Celle-ci a ouvertement accueilli l'invasion illégale du Liban dans le cadre de la guerre régionale en expansion menée contre l'Iran.

Le moment choisi et la nature de l'invasion terrestre du Liban ne peuvent être compris indépendamment de la stratégie régionale plus large exécutée par l'impérialisme américain et son allié israélien. C'est dans ce contexte que les dirigeants israéliens ont autorisé ce qu'ils qualifient de «campagne offensive». Les commandants israéliens ont déclaré aux médias qu'ils avaient l'intention de mener cette campagne à son terme en affaiblissant considérablement la position régionale de l'Iran, présentant implicitement le territoire libanais comme un champ de bataille dans la guerre contre Téhéran.

Les responsables israéliens présentent l'offensive menée au Liban comme un moyen nécessaire pour restaurer la sécurité dans le nord d'Israël. Mais comme l'ont souligné des experts et analystes internationaux, la campagne du Liban est une reproduction de la logique du génocide à Gaza.

Les organisations humanitaires avertissent que le mélange utilisé de frappes aériennes, de tirs d'artillerie et d'invasion terrestre détruit les infrastructures, déplace des pans massifs de la population et crée des conditions de famine, de maladie et d'effondrement social qui rappellent Gaza.

L'assaut actuel s'inscrit dans un schéma de crimes sionistes et impérialistes contre les peuples libanais et palestinien, qui dure depuis des décennies. En juin 1982, Israël a envahi le Liban, s'est avancé jusqu'à la périphérie de Beyrouth et a imposé un siège brutal de près de trois mois, forçant l'évacuation de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) de la ville en vertu d'un accord négocié par les États-Unis.

Immédiatement après le départ de l'OLP, les forces israéliennes, en coordination avec la milice phalangiste fasciste libanaise, ont orchestré le tristement célèbre massacre de Sabra et Chatila, en septembre 1982, au cours duquel plus de 3 000 civils palestiniens et libanais ont été massacrés dans les camps de réfugiés de Beyrouth-Ouest.

Pendant cette période, les États-Unis ont déployé des Marines au sein d'une force multinationale et ont apporté une puissance de feu navale, notamment le cuirassé New Jersey qui a bombardé des positions dans et autour de Beyrouth, tuant un grand nombre de civils et alignant ouvertement la puissance militaire américaine sur l'invasion israélienne et ses alliés libanais.

Comme il le fait sans relâche depuis 1948, le gouvernement américain participe activement à la tentative visant à écraser la résistance palestinienne et libanaise et à mettre en place un régime fantoche à Beyrouth. Si les partisans de la guerre contre l'Iran, tant au Parti démocrate qu’au Parti républicain, ont affirmé que l'Iran était responsable de l'attentat à la bombe contre la caserne des Marines américains à Beyrouth en octobre 1983, qui a coûté la vie à 241 militaires américains, c'est le massacre perpétré par les États-Unis et Israël au Liban qui était à l'origine de cet attentat.

Le récit officiel a toujours servi à dissimuler cette réalité sous-jacente que la caserne américaine était une cible militaire dans un pays ravagé par l'invasion, l'occupation et les massacres perpétrés avec la complicité des États-Unis.

L'invasion terrestre du Liban marque une extension considérable à un autre pays des méthodes génocidaires de Gaza, alors que l'axe américano-israélien se dirige vers une conflagration régionale, potentiellement mondiale, bien plus vaste. Les discussions des cercles dirigeants israéliens, qui parlent d’étendre au Sud-Liban le génocide de Gaza, ne sont pas des discours excessifs mais un avertissement de la crise désespérée où se trouvent les gouvernements américain et israélien, et au danger mortel menaçant le peuple libanais.

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