Israël adopte la peine de mort uniquement pour les Palestiniens


Par 62 voix contre 48, la Knesset israélienne a adopté lundi une loi érigeant la peine de mort en châtiment par défaut pour les Palestiniens qui commettent un « acte de terrorisme » contre des citoyens d’Israël. La loi ne s’applique pas au terrorisme soutenu par l’État des colons sionistes d’extrême droite, qui agressent et tuent régulièrement des Palestiniens en Cisjordanie illégalement occupée.

Quiconque tue délibérément une personne avec l’intention de « nier l’existence de l’État d’Israël » doit être exécuté par pendaison. La loi restreint l’accès à un avocat pour les accusés devant les tribunaux civils israéliens et accorde l’immunité à toutes les personnes participant à l’exécution de telles mises à mort par l’État.

Vue de l’hémicycle de la Knesset. Photo prise lors de la visite en Israël du président de la Chambre des représentants des États-Unis, Kevin McCarthy, en mai 2023 [Photo by U.S. Embassy Jerusalem / CC BY 2.0]

Dans le système de tribunaux militaires établi par le régime sioniste en Cisjordanie, auquel seuls les résidents palestiniens sont soumis, l’exécution par pendaison sera la peine normale pour les « actes de terrorisme », même sans demande du procureur. Ces exécutions devront être effectuées dans un délai de 90 jours. Le seul pouvoir accordé aux tribunaux dans ce cadre est d’imposer une peine de prison à vie dans des « circonstances exceptionnelles ». Étant donné l’ampleur de la torture et des autres formes de mauvais traitements dans le système carcéral israélien, une telle décision reviendrait dans bien des cas à une condamnation à mort par d’autres moyens.

Le vote parlementaire de lundi est intervenu deux ans et demi après le début d’un génocide en cours mené par Israël avec l’appui des puissances impérialistes contre le peuple de Gaza. Cela s’est accompagné d’une vaste intensification de la violence des colons d’extrême droite à travers la Cisjordanie, coordonnée avec le gouvernement sous la supervision de l’ancien colon et ministre fasciste des Finances Bezalel Smotrich. L’annexion de Gaza et de la Cisjordanie, combinée à l’expansion du territoire israélien dans le sud du Liban poursuivie dans le cadre de la participation de Tel-Aviv à la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran, constitue un élément de la politique du Grand Israël, qui bénéficie d’un fort soutien au sein de l’administration Trump d’extrême droite.

Cette loi ouvertement discriminatoire et raciste est l’aboutissement logique du projet sioniste. Le sionisme s’est appuyé sur une idéologie ethno-nationaliste du XIXe siècle qui cherchait à fonder l’établissement d’un « État juif » sur l’exclusivisme racial et religieux. Toujours dépendants du soutien de l’impérialisme, les fondateurs du sionisme et de l’État d’Israël ont explicitement conçu et poursuivi leur programme à travers la dépossession violente de la population arabe afin d’assurer le « retour » d’un « peuple élu » sur sa terre natale après 2000 ans d’exil.

Comme l’a souligné David North dans La logique du sionisme, « Réinterprétant le mythe religieux dans l’esprit d’un chauvinisme national extrême, la théologie sioniste contemporaine confère au concept de “peuple élu” un caractère profondément raciste et fasciste. »

Il est significatif que la loi ait été présentée au parlement par le ministre fasciste de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, qui a décrit cette mesure comme le texte législatif le plus important depuis des décennies et a célébré son adoption avec une coupe de champagne. Lui et ses compagnons de célébration portaient à la boutonnière une épinglette en forme de nœud coulant, pour fêter les pendaisons à venir.

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Ben-Gvir est un disciple de l’idéologue fasciste Meir Kahane, qui défendait l’idée qu’Israël devait exercer une « vengeance rédemptrice » contre ses ennemis Gentils par tous les moyens nécessaires afin de racheter Dieu et son « peuple élu ». Le régime sioniste peut désormais ajouter le meurtre institutionnalisé à la longue liste des moyens dont il dispose pour poursuivre cet objectif, aux côtés de la torture systématique, de la violence militaire et paramilitaire, et des assassinats.

Le caractère barbare de la loi israélienne sur la peine de mort n’est en rien atténué par le fait que son adoption n’ait rien de surprenant. Au contraire, elle découle de plus de trois quarts de siècle de persécution continue de la population arabe en Palestine. La fondation d’Israël en 1948 s’est faite par l’expulsion violente d’environ 750 000 Palestiniens lors de la Nakba, ou « Catastrophe », et l’État a illégalement saisi la Cisjordanie, le plateau du Golan en Syrie, et la bande de Gaza pendant la guerre des Six Jours de 1967.

Avant même le déclenchement du génocide en octobre 2023, le régime sioniste menait depuis des décennies une persécution meurtrière contre les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, tout en discriminant systématiquement la minorité arabe d’Israël. À partir de 2007, Gaza a été décrite à juste titre par des organisations internationales comme une « prison à ciel ouvert » en raison du blocus brutal imposé à l’enclave et du contrôle total exercé par Israël sur l’acheminement des biens de première nécessité, tels que l’électricité et les denrées alimentaires.

En 2018, la Knesset a adopté la « loi sur l’État-nation ». Elle définissait Israël comme l’État-nation du peuple juif et affirmait que le droit à l’autodétermination nationale est « propre au seul peuple juif ». L’arabe a perdu son statut de langue officielle et la colonisation juive a été déclarée valeur nationale.

Des organisations internationales comme Amnesty International et Human Rights Watch, ainsi que des experts indépendants des Nations unies, ont conclu que la loi sur l’État-nation confirmait le caractère d’apartheid de l’État d’Israël. Combinée à l’existence de systèmes juridiques distincts pour les Juifs et les Palestiniens en Cisjordanie, aux restrictions imposées aux déplacements des Palestiniens et aux lois foncières, elle codifiait la discrimination systématique exercée par l’État sur une base raciale.

La Convention internationale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1973, a déclaré que l’apartheid constituait un crime international applicable aux individus, aux membres d’organisations et aux représentants d’un État coupables « d’actes inhumains commis en vue d’établir et de maintenir la domination d’un groupe racial de personnes sur tout autre groupe racial de personnes et de les opprimer systématiquement », notamment par « le meurtre, la torture, les traitements inhumains et l’arrestation arbitraire de membres d’un groupe racial; l’imposition délibérée à un groupe racial de conditions de vie destinées à entraîner sa destruction physique; des mesures législatives de discrimination dans les domaines politique, social, économique et culturel; des mesures divisant la population selon des critères raciaux par la création de zones résidentielles séparées pour des groupes raciaux; l’interdiction des mariages interraciaux; et la persécution de personnes opposées à l’apartheid ».

Seuls quatre pays ont voté contre la Convention sur l’apartheid : l’Afrique du Sud, le Portugal – qui était alors une dictature fasciste –, la Grande-Bretagne et les États-Unis.

Netanyahou, Ben-Gvir et les autres fascistes du gouvernement israélien savent parfaitement bien que leurs bailleurs de fonds impérialistes n’ont nullement l’intention de les tenir responsables de ce crime ni d’aucun des autres crimes horribles qu’ils ont commis. Netanyahou a continué à voyager librement à l’étranger, y compris à effectuer plusieurs visites à la Maison-Blanche pour planifier le génocide avec Trump et à se rendre à l’Organisation des Nations unies à New York pour y prononcer un discours en septembre 2025, alors même qu’il avait été inculpé par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre il y a près de deux ans.

Reflétant son affinité avec les politiques fascistes poursuivies par le gouvernement israélien, l’administration Trump a réagi à la loi sur la peine de mort en déclarant simplement qu’Israël a le droit d’adopter ses propres lois. Les puissances impérialistes européennes se sont senties obligées d’émettre une protestation symbolique, présentant ce vote comme un faux pas dangereux dans une démocratie par ailleurs saine. Les ministres des Affaires étrangères de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Australie

exprimons notre profonde inquiétude au sujet d’un projet de loi qui élargirait considérablement les possibilités d’imposer la peine de mort en Israël [...] Nous sommes particulièrement préoccupés par le caractère discriminatoire de fait de ce projet de loi. Son adoption risquerait de compromettre les engagements d’Israël à l’égard des principes démocratiques.

Quelle hypocrisie ! Tous les signataires de cette déclaration sont des alliés proches du régime sioniste. Non seulement ils ont cautionné le génocide à Gaza, mais ils l’ont aussi facilité, tout en réprimant sans relâche les droits démocratiques de quiconque, dans leur propre pays, osait s’y opposer. Dans le cas de l’Allemagne, il s’agit du deuxième fournisseur d’armes d’Israël après les États-Unis. Berlin exploite outrageusement la responsabilité de la bourgeoisie allemande dans l’Holocauste pour justifier un soutien inconditionnel au sionisme, alors même que le régime fasciste israélien commet des crimes contre l’humanité comparables à ceux du Troisième Reich hitlérien.

Netanyahou fait désormais adopter une législation fascisante, suscitant à Berlin, Londres, Paris et Rome un murmure de critique animé uniquement par la crainte que cela ne rende leur collusion continue dans les crimes d’Israël plus difficile à défendre politiquement.

La réalité est que l’absence générale d’état de droit qui caractérise l’impérialisme à l’échelle mondiale a encouragé le gouvernement fasciste israélien à employer des méthodes toujours plus barbares dans sa volonté d’exterminer les Palestiniens et d’établir un Grand Israël.

Le président américain Donald Trump déclare ouvertement son intention de bombarder l’Iran – un pays de plus de 90 millions d’habitants – pour le « ramener à l’âge de pierre », sans susciter la moindre protestation des capitales impérialistes. Toutes aspirent à poursuivre leurs propres intérêts impérialistes avec la même brutalité que l’aspirant dictateur installé à la Maison-Blanche, dans le cadre d’un nouveau repartage du monde visant à s’assurer des marchés, des matières premières et une main-d’œuvre à bas coût. La seule chose qui les freine pour l’instant est la nécessité de rattraper la puissance militaire des États-Unis, ce qu’elles tentent de faire par des attaques intensifiées et brutales contre la classe ouvrière destinées à détruire les acquis sociaux et démocratiques obtenus par les travailleurs après la Seconde Guerre mondiale.

La descente d’Israël dans la barbarie souligne l’urgence pour les travailleurs juifs de rompre de façon décisive avec la politique d’exclusivisme national du sionisme, qui a fait d’Israël non pas un « refuge sûr » pour les Juifs, mais un avant-poste fasciste de l’impérialisme responsable de crimes historiques monumentaux.

Par-dessus tout, les travailleurs de toute la région – Arabes, Turcs, Perses, Kurdes, Azerbaïdjanais et Juifs – doivent lutter pour des États socialistes unis du Moyen-Orient, mettant fin à la division de la région en États bourgeois rivaux dominés par l’impérialisme, en alliance avec la classe ouvrière des centres impérialistes dans une lutte révolutionnaire visant à mettre fin au capitalisme.

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