Une rébellion se développe chez Nexteer Automotive à Saginaw, dans le Michigan. Vendredi matin, pour la troisième fois en moins de deux mois, 1 300 ouvriers de cette usine de pièces automobiles ont rejeté une entente de principe favorable à l'entreprise proposée par la section locale 699 du syndicat United Auto Workers (UAW). Le vote a été rejeté globalement à 55 % et les ouvriers de production, à 59 %. Ce résultat fait suite au rejet, le 2 avril, de la première entente de principe à 96,2 %, au rejet de la seconde le 14 mai à 73 %, et au vote d'autorisation de grève des 20 et 21 mai, approuvé à 86 %.
Fidèle à ses habitudes, l'appareil de l'UAW a réagi en présentant aux ouvriers la même entente, agrémentée de modifications superficielles destinées à masquer les enjeux fondamentaux et à saper la résistance. L'objectif est de convaincre les travailleurs qu'ils n'ont d'autre choix que d'accepter des salaires de misère face à l'inflation, tandis que les exigences de productivité et les échelons salariaux font en sorte que les prochains reculs sont déjà établis.
La résistance des employés de Nexteer a atteint un point critique, menant à une confrontation ouverte avec la direction. Lors d'une réunion des membres de la section locale 699 de l'UAW, le dimanche 18 mai, Jason Tuck, représentant pour l’UAW International – qui perçoit 148 476 dollars par an et qui présidait les négociations de la section locale 699 pour le contrat de capitulation de 2021 avant d'être promu au sein de l'appareil international – a insulté les travailleurs, les a menacés de fermeture de l'usine en cas de grève et a quitté la réunion en plein milieu lorsque les membres ont clairement indiqué qu'ils ne se laisseraient pas intimider.
Le bulletin d'information de la section locale 699, publié vendredi matin, est un document empreint de mépris pour les travailleurs. Après avoir affirmé « nous reconnaissons l'importance de ce vote », il déclare que l'accord actuel reste en vigueur ; qu'aucune grève n'a été déclenchée ; et que les horaires de travail restent inchangés. Tous les membres sont tenus de continuer à travailler comme prévu ; toute décision concernant une grève ou un arrêt de travail ne peut être prise qu'avec l'autorisation officielle du syndicat ; les membres doivent éviter toute spéculation et attendre des instructions précises.
L'appareil syndical s'adresse aux travailleurs comme à des enfants. En clair, son message est : « Votre vote ne compte pas. Vos opinions n'ont aucune influence sur nos opérations avec l'entreprise que nous représentons. Taisez-vous et faites ce qu'on vous dit. »
Rien ne permet de penser que des améliorations substantielles émergeront de la poursuite des « négociations ». Pourquoi l'entreprise devrait-elle faire plus de concessions ? La direction de Nexteer sait que l'appareil syndical de l'UAW n'appellera pas à la grève et n'a donc aucune raison de proposer quoi que ce soit de différent.
En réalité, les conditions que l'entreprise tente d'imposer ont été négociées entre elle et l'appareil syndical il y a longtemps. Ce qui se trame en coulisses n'est pas une véritable négociation, mais une conspiration visant à faire passer le même contrat rédigé par la direction lors d'un quatrième, cinquième, voire sixième vote. Si cela échoue, l'appareil a déjà indiqué qu'il recourrait à l'arbitrage pour imposer ses conditions.
L'UAW n'est pas un syndicat au sens conventionnel du terme. Ce n'est pas une organisation par laquelle les travailleurs luttent collectivement contre leurs employeurs. Elle est dirigée par un appareil bureaucratique composé de dirigeants dont les salaires annuels varient de 150 000 $ à plus de 270 000 $ et qui font office de police du travail, de division des ressources humaines des entreprises.
Les 15 plus hauts responsables de l'UAW ont perçu à eux seuls 3,2 millions de dollars en 2024. Fain a empoché 274 407 $, tandis qu'un rapport de 93 pages du contrôleur de l'UAW, mandaté par le tribunal, documente des menaces de mort proférées à l'encontre de quiconque oserait contester son entourage.
Will Lehman, employé de Mack Trucks, candidat à la présidence de l'UAW en 2022 et qui se représente en 2026, avait fait remarquer en 2022 que si Fain était élu, la seule chose qui changerait serait son propre salaire. Ce jugement s'est avéré pleinement justifié, et les trahisons de l'appareil syndical n'en sont que plus flagrantes et éhontées.
Plus la bureaucratie trahit, plus les organisations de pseudo-gauche gravitant autour du Parti démocrate le soutiennent activement. Les Socialistes démocrates d'Amérique (DSA) ont été intimement impliqués dans l'opération politique qui a permis à Fain d'être présenté comme un grand réformateur. Des conseillers de haut rang issus des DSA perçoivent des salaires à six chiffres à Solidarity House, aux côtés de Fain, qui a noué une alliance de facto avec Trump sur la base d'un nationalisme économique.
Il est à noter que le magazine Jacobin, affilié aux DSA et fervent défenseur de Fain, n'a absolument rien écrit sur la lutte menée chez Nexteer. Ils ne soutiennent pas l'appareil syndical malgré ses trahisons, mais bien à cause d'elles. À l'instar de l'appareil bureaucratique lui-même, ils parlent au nom de franges privilégiées de la classe moyenne supérieure, totalement hostiles aux travailleurs.
L'appareil syndical est irréformable. La bureaucratie n'est pas la représentante des travailleurs ; elle est leur ennemie. Toute lutte authentique, y compris la grève, ne sera pas menée par cet appareil. Elle doit être préparée et conduite par les travailleurs eux-mêmes.
L'Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC) exhorte les travailleurs à former de nouvelles organisations, dirigées démocratiquement par les travailleurs sur le lieu de travail, indépendantes de l'appareil syndical, des entreprises et des partis politiques qui les servent. Il s'agit de transférer le pouvoir de la bureaucratie à la base et d'abolir l'appareil syndical, obstacle institutionnel à la lutte collective des travailleurs.
Cette expérience n'est pas propre à l'UAW. L'ensemble de l'appareil syndical, tous secteurs confondus, fonctionne fondamentalement de la même manière. En janvier et février de cette année, l'Association des infirmières de l'État de New York a mis fin à une grève historique de 41 jours et a renvoyé 15 000 infirmières au travail avec des reculs contractuels que les travailleurs n'ont même pas eu l'occasion de lire.
En mars et avril, la section locale 7 du syndicat United Food and Commercial Workers (UFCW) a mis fin à la plus grande grève dans l'industrie de la viande aux États-Unis depuis plus de 60 ans : un débrayage de trois semaines mené par 3 800 ouvriers de l'usine de transformation de bœuf JBS à Greeley, dans le Colorado. L'UFCW a ordonné la reprise du travail le 7 avril sans contrat, après avoir autorisé des briseurs de grève à assurer la continuité de l'activité pendant la grève.
Les exemples sont innombrables. À chaque fois, la bureaucratie collabore étroitement avec la direction pour empêcher toute action indépendante des travailleurs de menacer les profits des entreprises ou la position institutionnelle de l'appareil syndical.
Ce qui se passe chez Nexteer est l'une des manifestations d'une rébellion qui agite la classe ouvrière internationale. En Italie, les travailleurs ont organisé trois grèves générales rien que ce mois-ci contre l'austérité, la guerre et le génocide à Gaza, tandis que les instances dirigeantes de la CGIL, de la CISL et de l'UIL se sont délibérément abstenues. En Allemagne, l'opposition à IG Metall s'intensifie au sein des grandes entreprises, le syndicat refusant d'organiser la moindre action militante malgré la suppression de 160 000 emplois. En Bolivie, une grève nationale illimitée paralyse le pays, tandis que l'appareil syndical COB s'efforce de contenir l'opposition.
Les travailleurs de Nexteer ont allumé une flamme que les travailleurs de l'industrie automobile et d'ailleurs observent avec attention.
L'IWA-RFC exhorte les travailleurs de Nexteer à franchir une nouvelle étape : créer et développer le Comité de base des travailleurs de Nexteer afin d'assurer la direction opérationnelle de la lutte, indépendamment du comité de négociation discrédité de la section locale 699. Exigez une assemblée générale des membres dirigée par les travailleurs eux-mêmes. Prenez contact avec les travailleurs de Dana dont la convention collective a expiré vendredi soir, avec ceux d'American Axle dont la convention arrive à échéance dimanche, avec les travailleurs de Bridgewater Interiors et de Magna Seating à un tournant décisif, et avec les travailleurs du Big Three – chez Ford Rouge et ailleurs – qui se sont déjà engagés à refuser les pièces venant de briseurs de grève.
La voie à suivre est celle que la classe ouvrière est poussée à tracer dans un pays après l’autre : une organisation indépendante, de nouvelles institutions de lutte et une rupture consciente avec les bureaucraties qui constituent le principal obstacle au mouvement ouvrier international.
