Un ex-envoyé de Trump appelle à une invasion terrestre de l’Iran alors que les pertes américaines augmentent

Les États-Unis ont bombardé l’Iran pour la dixième nuit consécutive lundi. Les médias iraniens ont fait état d’explosions autour de la ville de Tabriz, dans le nord-ouest du pays, près de Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire en service du pays, ainsi que dans les villes portuaires de Bandar Abbas, Chabahar et Konarak.

Washington a repris les bombardements le 11 juillet lorsque le président américain Donald Trump a déclaré que le cessez-le-feu du 17 juin était « terminé », et a élargi ses cibles, passant des installations militaires aux ponts, aux voies ferrées, aux ports et au réseau électrique.

L’escalade rapide de la guerre contre l’Iran et le nombre croissant de morts parmi les troupes américaines ont déclenché une crise pour l’administration, confrontée à l’échec de ses objectifs, qui étaient de renverser le gouvernement iranien, d’anéantir la puissance de son armée et d’assurer la domination américaine sur le détroit d’Ormuz.

Cette image tirée d’une vidéo diffusée par le U.S. Central Command montre une explosion à la base navale de Bandar Abbas, en Iran, alors que trois véhicules de surface sans pilote Corsair, également appelés drones de surface d’attaque unidirectionnelle, lancés par l’armée américaine, ont frappé le port le 12 juillet 2026. [AP Photo/U.S. Central Command]

Face à cette crise qui ne cesse de s'aggraver, l'administration s'oriente de plus en plus ouvertement vers le déploiement de troupes terrestres, et le général de corps d'armée à la retraite Keith Kellogg, qui a occupé le poste d'envoyé spécial de Trump pour l'Ukraine jusqu'à la fin de l'année dernière, a publiquement appelé à une invasion terrestre.

Kellogg a déclaré lundi à l'émission *America Reports* de Fox News que « des frappes aériennes seules » ne mettraient pas fin à la guerre: « Il faudra des troupes au sol pour y faire quelque chose. Cela ne signifie pas qu'elles doivent aller jusqu'à Téhéran... Mais on pourrait s'emparer de quelques cibles stratégiques clés; cela donnerait au président un levier d'action et permettrait de contrôler leur économie.»

Trump a refusé d’exclure l’envoi de troupes terrestres en Iran, et le Wall Street Journal a rapporté le 15 juillet qu’il « penchait pour une extension des opérations militaires américaines en Iran »; entre autres options envisageables il y avait « l’envoi de forces terrestres pour s’emparer d’îles iraniennes situées près du détroit d’Ormuz ». Le Journal a indiqué qu’une réunion s’était tenue dans la salle de crise de la Maison-Blanche pour discuter de « la prise éventuelle de l’île de Kharg et d’autres territoires situés le long du détroit d’Ormuz par les troupes américaines ».

Ces appels à une invasion terrestre interviennent alors que certains avertissent que les États-Unis manquent de missiles et de bombes nécessaires pour une campagne prolongée. « Nous n’en avons pas assez pour maintenir les opérations sans danger, et je ne pense pas que la Maison-Blanche en soit consciente », a déclaré un responsable américain au Washington Post dans un article publié dimanche. Ce responsable a averti que les stocks américains de missiles de défense aérienne et de missiles longue portée s’épuisaient, et que les bases endommagées ne pouvaient accueillir qu’un nombre limité de troupes et d’aéronefs supplémentaires.

Le président iranien Masoud Pezeshkian a déclaré lundi que l’Iran « est engagé dans une guerre totale ». Des missiles et des drones iraniens ont frappé le Koweït et Bahreïn, qui abritent tous deux des bases américaines. Au Yémen, les Houthis soutenus par l’Iran ont décrété un blocus naval sur le trafic maritime de l’Arabie saoudite en mer Rouge — le principal débouché du royaume depuis la fermeture du détroit —, menaçant ainsi 7 % supplémentaires de l’approvisionnement mondial en pétrole.

Des missiles iraniens ont tué deux soldats sur la base aérienne Muwaffaq Salti en Jordanie la semaine dernière: la soldate de 2e classe Isabella Gonzales, 19 ans, de Carrollton (Texas), la plus jeune victime américaine identifiée de la guerre, et le premier lieutenant Tyler James Feehan, 25 ans, d’Ewa Beach (Hawaï), décédé de ses blessures le lendemain. Un troisième soldat a été tué dans le nord de l’Irak samedi lors de la neutralisation d’un drone iranien abattu. Les restes retrouvés sur la base jordanienne appartiendraient à un quatrième soldat, porté disparu.

Le missile qui a tué Gonzales et Feehan a frappé les modules préfabriqués où dormaient les soldats, a rapporté lundi le Wall Street Journal. La base a été touchée à trois reprises en l’espace d’une journée: les débris du premier missile sont tombés sur le gymnase, le deuxième a frappé un hangar vide et le troisième a atterri parmi les logements aménagés dans des conteneurs maritimes. «Les sirènes ont retenti pour la troisième fois, mais tout le monde n’a pas réussi à rejoindre les bunkers», écrit le Journal.

Interrogé ce week-end par des journalistes au sujet de ces décès, le secrétaire d'État Marco Rubio a déclaré: « Un missile a réussi à passer. Nous avons abattu la quasi-totalité des missiles. L'un d'entre eux a réussi à passer, a touché la mauvaise cible, et c'est tragique, c'est déchirant. »

Ce n’est que lundi, après plusieurs jours de dénégations, que le Pentagone a reconnu l’ampleur de ses pertes: près de 100 soldats blessés depuis le 7 juillet. Sean Parnell, porte-parole en chef du Pentagone, a déclaré que la « grande majorité » des blessures étaient des « commotions cérébrales légères » et que 96 % des blessés avaient repris leur service. Le New York Times a rapporté lundi qu’au cours de la semaine précédant cette attaque meurtrière, l'Iran avait frappé à trois autres reprises les forces américaines en Jordanie, blessant des dizaines de soldats et endommageant des hélicoptères — des frappes que le Pentagone n'a jamais révélées.

La base de données publique du Pentagone sur les victimes, qui était restée inchangée depuis plusieurs jours à 14 morts et 427 blessés, a été discrètement mise à jour lundi soir pour afficher désormais 18 morts et 447 blessés, a rapporté le Washington Post. Le Pentagone n’a pas tenu de point presse sur la guerre depuis début mai. « Les allégations de dissimulation sont des inventions destinées à accroître la détresse du peuple américain », a déclaré Parnell.

L’Iran a publié sur les réseaux sociaux des photographies satellites qui, selon lui, montrent les dégâts, notamment dans la zone résidentielle. En avril, Washington a incité les entreprises de satellites commerciaux à retenir les images des bases américaines endommagées, une mesure qui, selon les responsables, permettrait de protéger les forces américaines.

Une enquête du Journal publiée à la fin du mois de juin a documenté les dégâts subis sur l’une des bases. Des missiles et drones iraniens, frappant de manière répétée entre la fin février et juin, ont dévasté la Naval Support Activity Bahrain, la base à partir de laquelle la marine américaine dirige ses opérations au Moyen-Orient depuis plus de 30 ans.

Le bâtiment du quartier général de la Cinquième Flotte, dont le coût de construction est estimé à 200 millions de dollars par le Journal, ne peut plus être utilisé, selon un responsable américain. Au moins une douzaine d’autres bâtiments ont été touchés, deux terminaux de télécommunications par satellite ont été mis hors service, et la Marine a évacué la majeure partie du personnel de la base. Le Pentagone n’a jamais reconnu publiquement ces dégâts.

En s'appuyant sur des images satellites et des vidéos vérifiées tirées des réseaux sociaux, le Journal a catalogué les destructions: le bâtiment d’entraînement des forces de sécurité a été détruit et le dépôt des ambulances endommagé. Un réservoir d’eau, le réfectoire principal, une caserne construite pour environ 450 marins et le hangar de stockage de l’unité de drones de la Marine ont tous été touchés. Le Journal a évalué le coût de construction des bâtiments endommagés à environ 400 millions de dollars.

Toujours selon le Journal, au moins 20 sites militaires et diplomatiques américains avaient été touchés à la fin du mois de juin au cours de la guerre lancée le 28 février. Les attaques iraniennes ont détruit des structures sur la base aérienne d’Ali Al Salem au Koweït, endommagé la base aérienne d’Al Dhafra aux Émirats arabes unis et détruit des avions-radars E-3 Sentry sur la base aérienne du Prince Sultan en Arabie saoudite.

Le Journal a rapporté en juin que, selon des responsables américains, l'armée envisageait de se replier et de quitter ses positions exposées: retrait du Koweït et d'Arabie saoudite, déplacement des bases et des fonctions de commandement vers l'ouest, hors de portée des missiles, positionnement souterrain des postes de commandement et stationnement de forces américaines en Israël.

Le Pentagone refuse de communiquer au Congrès le montant des dégâts. Interrogé lors d’une audition en mai sur une estimation, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth avait répondu: « Quel est le coût de l’acquisition d’une arme nucléaire par l’Iran?» Jay Hurst, le contrôleur financier du Pentagone, avait déclaré lors d’un témoignage devant le Congrès en mai que l’estimation du coût de la guerre établie par le département — qui s’élevait alors à 29 milliards de dollars — ne tenait pas compte des dégâts subis par les bases américaines. Dans un rapport publié en juin, le Center for Strategic and International Studies (CSIS) avait estimé le coût total de la guerre à environ 40 milliards de dollars, dont 2,2 à 5,1 milliards de dollars de dégâts causés aux bases.

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