Perspective

Les démocrates fomentent une escalade majeure de la guerre en Ukraine après les élections de mi-mandat

Les États-Unis ont fourni à l’Ukraine des missiles perfectionnés et d’autres armes de haute technologie, dont le système de lance-roquettes HIMARS (High-Mobility Artillery Rocket System) visible ci-dessus. [AP Photo/Roman Koksarov]

Les élections de mi-mandat aux États-Unis, qui se tiendront dans moins de trois semaines, devraient se traduire par un rejet du président américain Donald Trump et de sa politique de guerre, de dictature et d’austérité sociale. Le taux d’approbation de Trump est à un niveau historiquement bas.

Tout en faisant appel à la colère de la classe ouvrière face au coût de la vie et aux inégalités sociales, les démocrates font clairement savoir que leur priorité centrale est une vaste escalade catastrophique de la guerre contre la Russie. Les démocrates sont d’accord avec l’offensive de Trump contre les programmes sociaux et contre la classe ouvrière. Leur conflit avec Trump porte avant tout sur ce qu’ils prétendent être une défense insuffisamment agressive et constante des intérêts mondiaux de l’impérialisme américain.

Le représentant Jim Himes, du Connecticut, démocrate le plus haut placé de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, s’exprimant au nom de la direction du parti au Forum de sécurité de Varsovie le 13 octobre, a déclaré qu’avec un Congrès démocrate, l’envoi d’aide à l’Ukraine « se ferait non pas en neuf mois, mais en neuf jours ou en neuf semaines ». « Si les démocrates prennent la tête du Capitole, le renouvellement de l’aide à l’Ukraine sera une priorité », a écrit la publication spécialisée Breaking Defense en rendant compte de ses propos.

Le représentant Jim Himes, démocrate du Connecticut (au centre à gauche), et le sénateur Richard Blumenthal, démocrate du Connecticut (au centre à droite), s’expriment lors de leur conférence de presse à Kiev, en Ukraine, le jeudi 28 mai 2026. [AP Photo/Dan Bashakov]

Le Parti démocrate et les médias préparent cette escalade en attisant l’hystérie guerrière au sein de la classe moyenne aisée et en dénonçant Trump comme trop mou à l’égard de la Russie.

L’agitation des démocrates contre Trump se concentre sur son « cessez-le-feu énergétique » temporaire avec le président russe Vladimir Poutine, un expédient politique destiné à permettre la vente de diesel russe. Les démocrates ont dénoncé cet accord en l’espace de quelques heures et, le 13 octobre, un groupe de 12 sénateurs des deux partis a exigé que Trump l’annule, le qualifiant de « cadeau fait à notre adversaire ».

Le New York Times, qui fait office d’organe attitré du Parti démocrate, mène la campagne. Durant la seule première quinzaine d’octobre, il a publié au moins 20 articles, analyses et chroniques construits autour de prétendues menaces russes contre l’Europe, de succès ukrainiens sur le champ de bataille et du danger qu’il y aurait à relâcher la pression sur Moscou.

Des allégations non prouvées y sont présentées comme des faits établis. Le 2 octobre, le journal a mis en avant un prétendu plan russe intercepté visant à détruire le réseau énergétique de l’Ukraine, tout en admettant qu’il ne pouvait pas authentifier le document. Le 9 octobre, Steven Erlanger a traité comme une chose acquise l’existence d’une « guerre de l’ombre » russe faite de sabotages en Europe, a reconnu que bon nombre des incidents étaient difficiles à imputer à Moscou, puis a relayé des propositions de cyberattaques contre des infrastructures russes.

Puis, le 15 octobre, le Times a publié deux chroniques qui résument cette campagne. Sous le titre « L’accord démocratie-contre-diesel conclu par Trump nous déshonore tous », Thomas Friedman a écrit : « Donald Trump, je vous présente Neville Chamberlain », le comparant au Premier ministre britannique qui, à Munich en 1938, avait mené une politique d’apaisement envers Hitler. David French a écrit que Trump jetait « une bouée de sauvetage à Vladimir Poutine ».

Friedman écrit que Trump entrera dans l’histoire parmi les dirigeants qui « ont trahi les valeurs démocratiques de leur pays pour apaiser un dictateur ». Friedman est la dernière personne au monde à pouvoir faire la leçon à quiconque sur les valeurs démocratiques. Lors des bombardements de la Serbie par l’OTAN en 1999, il écrivait : « Chaque semaine où vous ravagez le Kosovo, c’est une décennie de plus que nous ferons reculer votre pays en vous pulvérisant. Vous voulez 1950 ? Nous pouvons faire 1950. Vous voulez 1389 ? Nous pouvons aussi faire 1389. »

Dans un manifeste publié la même année, il affirmait : « La main invisible du marché ne fonctionnera jamais sans poing invisible – McDonald’s ne peut prospérer sans McDonnell Douglas, le constructeur du F-15. »

La guerre États-Unis–OTAN en Ukraine dont Friedman se fait le champion est animée par des considérations similaires. L’impérialisme américain cherche à obtenir la domination complète de la Russie et un régime à Moscou qui offrira au capital américain un accès sans restriction aux vastes ressources du pays.

La querelle autour du diesel révèle le contenu de classe des politiques des deux fractions. Les prix des carburants ont été poussés à la hausse par la guerre menée par Trump lui-même contre l’Iran, et son accord avec Poutine est une manœuvre électoraliste qui ne fera guère baisser ces prix. Friedman dénonce cet accord en écrivant que Trump est « désespéré de faire baisser les prix du diesel, qui nuisent aux républicains aux élections de mi-mandat ». Le Times et les démocrates exigent à la place un durcissement des sanctions, qui ferait grimper les prix des carburants plus haut encore, ce qui aurait des conséquences dévastatrices pour la classe ouvrière.

Dans sa chronique, French énonce les buts de guerre de manière plus crue encore. Il se félicite de la réussite de l’Ukraine à « frapper en profondeur au cœur de la Russie » et cite l’ancien directeur de la CIA David Petraeus, qui se targue de ce que l’Ukraine « prive, pour l’essentiel, la Crimée de carburant ». La chronique ne fait même plus semblant que le but puisse être autre chose que la défaite militaire de la Russie.

French admet aussi ce que le Times a passé des années à nier. L’Ukraine, écrit-il, dépend « du renseignement américain et des armes américaines qu’elle peut acheter avec des fonds européens ». Les États-Unis et l’OTAN mènent la guerre, l’Ukraine n’étant que leur instrument.

L’hystérie de la presse exprime la situation de plus en plus désespérée à laquelle est confronté l’impérialisme américain. « Retirez ce soutien, et la Russie a une chance de gagner la guerre », écrit French. La classe dirigeante craint que le front qu’elle a bâti en Ukraine puisse s’effondrer.

Le propre récit que fait French des combats est un réquisitoire contre la guerre dans laquelle l’impérialisme américain et européen a entraîné les populations d’Ukraine et de Russie. Il décrit « une impasse sanglante qui ressemble davantage à la version guerre des drones de la bataille de Verdun de la Première Guerre mondiale, où les lignes bougent à peine et où les deux camps saignent pour chaque centimètre de terrain conquis ». Il avance cette comparaison comme un argument en faveur de la poursuite du carnage.

French écrit que la Russie évite « un conflit direct avec l’OTAN que la Russie perdrait presque certainement ». Dans une chronique de plus de 2 000 mots, il ne mentionne jamais que la Russie est la plus grande puissance nucléaire du monde. Le mois dernier, l’ambassade de Russie en Irlande a déclaré que la Russie « serait prête à utiliser tout son arsenal, y compris les armes nucléaires, pour défendre son territoire si les pays de l’OTAN tentaient d’isoler la région de Kaliningrad du reste du pays ».

Depuis lors, les puissances de l’OTAN ont étendu leurs déploiements de troupes aux frontières de la Russie. Le commandant suprême des forces alliées de l’OTAN en Europe, le général de l’armée de l’air américaine Alexus Grynkewich, a déclaré au Forum de sécurité de Varsovie le 12 octobre, dans une menace voilée contre la Russie, qu’en cas de guerre l’alliance viserait « non seulement la force d’attaque elle-même, mais tout ce qui soutient, entretient ou dirige cette force ».

Les deux chroniques présentent frauduleusement le régime ukrainien comme une démocratie, alors que l’Ukraine est, en réalité, gouvernée sous la loi martiale. En août, un tribunal ukrainien a condamné Bogdan Syrotiuk, un socialiste de 27 ans, à 15 ans de prison pour haute trahison, le déclarant coupable de s’être opposé à la guerre et d’avoir appelé les travailleurs ukrainiens et russes à s’unir contre elle.

La campagne médiatique s’adresse à la classe moyenne aisée, base sociale du Parti démocrate. Son but est de détourner l’opposition de masse à Trump au profit de l’agenda pro-guerre des démocrates, afin que l’establishment politique puisse prétendre que chaque voix exprimée contre les républicains est un aval donné à une escalade de la guerre. L’hostilité de millions de travailleurs et de jeunes à l’égard des guerres de Trump et de sa marche vers la dictature ne peut s’exprimer à travers un parti qui s’apprête à intensifier la guerre contre la Russie.

Le coût de l’escalade de la guerre que l’on prépare pour l’après-élection retombera sur la classe ouvrière. Alors que la dette fédérale s’envole, chaque dollar consacré à la guerre sera prélevé sur Medicaid, Medicare, les retraites et l’enseignement public.

La lutte contre la guerre, l’austérité et les attaques contre les droits démocratiques ne peut être menée par l’intermédiaire d’aucun des deux partis de l’impérialisme américain. Elle exige la mobilisation indépendante de la classe ouvrière, armée d’un programme socialiste.

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