Cette conférence a été prononcée par David North le lundi 2 novembre 2026 à l’université de Californie à Berkeley (UC Berkeley). North est le président du comité de rédaction international du World Socialist Web Site et le président national du Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste) des États-Unis.
Les bulletins déposés lors des élections de 2026 seront dépouillés demain. La question qui devrait servir de point de départ à toute analyse sérieuse de ce scrutin est la suivante: quel est l’enjeu qui devrait dominer cette élection ?
Selon le Wall Street Journal, Washington a demandé à plusieurs gouvernements arabes du Golfe de se préparer à une nouvelle guerre contre l’Iran, une « campagne courte et intense », après les élections. L’amiral Brad Cooper, commandant du Commandement central des États-Unis (CENTCOM), a exposé en personne le plan au président jeudi dernier, en présence du secrétaire à la Défense Hegseth et du général Caine. Le groupe aéronaval de l’USS Theodore Roosevelt et le groupe amphibie de l’USS Makin Island sont attendus dans la région d’ici la fin novembre, ce qui pourrait porter à trois le nombre de porte-avions.
Le sénateur du Connecticut Chris Murphy, qui a reçu un briefing confidentiel sur ce qui est prévu, a déclaré publiquement: « Le plan est insensé. Il n’atteindra pas ses objectifs et déclenchera un nouveau cycle d’escalade. » Il a affirmé que ce plan entraînerait une guerre prolongée et de plus en plus intense, et il a mis cela en rapport avec les informations selon lesquelles la liste des cibles comprend des infrastructures civiles. Il a employé l’expression « escalade dévastatrice ».
Les listes de cibles en discussion vont de l’installation enfouie en profondeur de Pickaxe Mountain à l’assassinat de commandants du Corps des gardiens de la révolution islamique, en passant par ce que le Financial Times décrit comme des « infrastructures civiles telles que des usines, des raffineries de pétrole et des centrales électriques ». Un vice-amiral américain à la retraite, ancien commandant adjoint du Commandement central, a expliqué avec une franchise totale l’attrait de cette approche: « Si vous vous en preniez aux raffineries […], alors ils n’ont plus de foutue essence à mettre dans leurs voitures. » Cela permettrait, a-t-il dit, de « mettre le pays à genoux, tout simplement, sans avoir à s’attaquer à des cibles militaires ».
L’Iran est un pays de 90 millions d’habitants. Comme toute société moderne, son existence dépend de l’électricité. C’est l’électricité qui purifie l’eau et fait fonctionner les stations d’épuration. Elle réfrigère les aliments et les médicaments. Elle pompe l’eau jusqu’aux étages supérieurs des immeubles d’habitation, alimente les appareils des hôpitaux et les couveuses des maternités. Détruire le système électrique d’un pays de 90 millions d’habitants, c’est en condamner à mort un nombre inconnu, mais très élevé – non pas par l’explosion, mais par la typhoïde, le choléra, la dysenterie et les maladies de l’eau contaminée, et cela surtout parmi les très jeunes, les très vieux et les malades.
Nous savons ce que cela produit, car les États-Unis l’ont fait à l’Irak il y a 35 ans. Middle East Watch a indiqué en 1991 que « les Alliés ont pratiquement détruit le système électrique de l’Irak, y compris quatre des cinq installations hydroélectriques du pays ». Le général Schwarzkopf a déclaré que 25 pour cent de la capacité de production irakienne avaient été rendus « totalement inopérants » et 50 pour cent supplémentaires « dégradés ». Il en a résulté, selon ce rapport, que « les installations de purification de l’eau et de traitement des eaux usées du pays, tributaires de l’électricité, ont été paralysées, créant un grave danger sanitaire », tandis que les hôpitaux faisaient face à l’urgence qui en découlait avec « au mieux, une électricité irrégulière fournie par des groupes électrogènes de secours ». Le rapport évaluait à peut-être 2 500 à 3 000 le nombre de morts dues aux bombardements directs et ajoutait que ces chiffres « n’incluent pas le nombre sensiblement plus élevé de décès attribuables à la malnutrition, à la maladie et au manque de soins médicaux ».
Ces conséquences étaient prévues. L’Agence de renseignement de la défense (DIA) avait produit un document daté du 22 janvier 1991 – cinq jours après le début des bombardements – intitulé « Iraq Water Treatment Vulnerabilities » (Vulnérabilités du traitement de l’eau en Irak), qui évaluait les effets d’une privation, pour l’Irak, des moyens de purifier son eau et anticipait des épidémies. La destruction de l’approvisionnement en eau d’une population civile avait été étudiée à l’avance.
En 1991, l’Irak comptait quelque 18 millions d’habitants. L’Iran en compte 90 millions. Ce que l’on prépare, c’est la même opération à une échelle cinq fois supérieure, contre une population qui a déjà subi huit mois de bombardements et un blocus naval. Il s’agit de la destruction délibérée des conditions d’existence d’une population civile, et la presse américaine en parle comme d’un menu d’options tactiques. La Convention de 1948 sur le génocide définit comme génocide la soumission intentionnelle d’un peuple à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique. Israël et les États-Unis préparent un conflit aux dimensions génocidaires.
Le président a lui-même soulevé la question des armes nucléaires. Le 15 octobre, Trump a déclaré à un journaliste : « Je n’utiliserais pas l’arme nucléaire. Nous n’avons pas à le faire. Nous sommes la plus grande puissance nucléaire du monde. » Mais en avril, lors de la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, il a annoncé : « Toute une civilisation mourra ce soir, pour ne plus jamais être ramenée à la vie », et il a promis une campagne de bombardements qui serait « le Jour des centrales électriques et le Jour des ponts, le tout réuni en un seul ». En septembre, depuis la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, il a affirmé qu’il pouvait « anéantir » l’Iran. La menace d’anéantissement a été proférée à maintes reprises, et publiquement.
Seuls les États-Unis ont utilisé des armes nucléaires contre une population civile. L’ordre a été donné par un président démocrate, et l’arme a été utilisée à deux reprises, contre Hiroshima et Nagasaki. Et ce président, Harry Truman, ancien mercier d’Independence, dans le Missouri, a dit qu’il n’avait pas perdu une nuit de sommeil pour avoir donné cet ordre. Réfléchissant à l’usage de la bombe par Truman, l’historien américain et ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale Gabriel Jackson écrivait en 1999 :
Dans les circonstances particulières d’août 1945, l’emploi de la bombe atomique a montré qu’un chef de l’exécutif psychologiquement tout à fait normal et démocratiquement élu pouvait utiliser l’arme exactement comme l’aurait utilisée le dictateur nazi. De cette manière, les États-Unis – pour quiconque se soucie des distinctions morales dans la conduite des différents types de gouvernement – ont brouillé la différence entre le fascisme et la démocratie.
L’emploi de telles armes contre l’Iran serait un meurtre de masse – des centaines de milliers de personnes, selon toute probabilité des millions, tuées en un après-midi, et les survivants condamnés aux brûlures, aux maladies par les radiations et aux dommages génétiques transmis à des enfants qui ne sont pas encore nés. Et ce n’est là que la réalité physique.
Il y a une seconde conséquence, et elle concerne chacun d’entre vous dans cette salle. Vous passeriez le reste de votre vie en tant que citoyens du pays responsable d’un génocide. Quatre-vingts ans après Hiroshima et Nagasaki, la tentative de justifier ce qui fut fait continue de déformer la vie politique et intellectuelle américaine; le mensonge selon lequel c’était nécessaire doit être raconté de nouveau à chaque génération, parce que la vérité est insupportable. L’acte envisagé aujourd’hui est d’une ampleur plus grande encore, commis sous les yeux d’un monde qui ne l’oublierait pas, et l’on ne s’en relèverait pas. Il marquerait la désintégration morale des États-Unis. La question que vous devez vous poser est celle-ci: qu’allons-nous faire pour empêcher que cela se produise ?
Tout ce que je viens de décrire est de notoriété publique. Tout cela a été rapporté par le Wall Street Journal, par le Financial Times, par Axios. Le président a dit à la télévision qu’il était en train de décider s’il devait « l’achever ». Un sénateur des États-Unis a déclaré que le plan est insensé. La reprise d’une guerre qui pourrait faire des centaines de milliers de morts a été programmée, dans la presse, pour les jours qui suivront immédiatement le scrutin de demain.
Et pourtant, cette guerre n’a pratiquement joué aucun rôle dans la campagne. C’est le fait le plus stupéfiant de cette élection. Il n’y a eu aucun débat sérieux à ce sujet dans l’un ou l’autre parti. La guerre n’a pas été érigée en question centrale de l’élection. Aucune personnalité politique d’envergure n’a exigé que l’élection devienne un référendum sur la guerre.
Comparons avec 1968. Cette année-là, la guerre du Vietnam était la question centrale de la vie politique américaine. L’opposition à cette guerre a poussé un président démocrate en exercice à se retirer de l’élection présidentielle, le 31 mars. Deux candidats, Eugene McCarthy et Robert Kennedy, ont disputé l’investiture démocrate en se présentant explicitement comme des opposants à la guerre. Martin Luther King a placé l’opposition à la guerre au cœur du mouvement des droits civiques. King a été assassiné en avril 1968 ; Robert Kennedy l’a été en juin. La convention du parti, à Chicago, en août, s’est tenue en état de siège: les délégués débattaient d’un point de programme en faveur de la paix à l’intérieur de la salle, tandis que, dans les rues, la police matraquait les manifestants.
Rien de tel aujourd’hui. Le Parti démocrate, qui présente 67 candidats issus de l’armée et des agences de renseignement, ne s’est pas opposé à la guerre et ne s’y opposera pas. Et les Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) – une organisation qui compte des élus au Congrès, occupe la mairie de New York et prétend parler au nom de la jeunesse radicalisée de ce pays – n’ont pas non plus fait de la destruction dont l’Iran est menacé l’enjeu de cette élection. Leur programme national, publié en juillet de cette année, quatre mois après le début de la guerre, ne mentionne absolument pas la guerre contre l’Iran. Il ne mentionne pas les armes nucléaires. Il ne mentionne pas l’impérialisme.
Mais malgré cette dérobade devant la réalité, il y a un sentiment largement répandu que les États-Unis se précipitent vers une crise qui dépasse même celle de l’époque de la guerre de Sécession. Ce sentiment général n’est peut-être pas articulé politiquement, mais il repose sur la crise objective du capitalisme américain et mondial.
I. La crise économique
Le cauchemar financier qui hante l’oligarchie américaine, c’est que toute la structure de la croissance économique américaine repose désormais sur une frénésie spéculative portant sur la soi-disant « intelligence artificielle », qui commence déjà à se désagréger.
Les dépenses d’investissement d’Amazon ont dépassé 75 milliards de dollars en un seul trimestre, soit plus du double du chiffre d’un an plus tôt. Son flux de trésorerie d’exploitation sur l’année écoulée s’est élevé à 168,3 milliards de dollars, en hausse de 29 pour cent – et son flux de trésorerie disponible était négatif, à moins 42,4 milliards de dollars. Meta a fait état d’un flux de trésorerie disponible négatif pour la première fois depuis l’année de son introduction en Bourse, en 2012. Les prévisions de dépenses d’investissement de Meta pour cette année se situent entre 135 et 145 milliards de dollars, contre 72 milliards en 2025.
Ces sommes ne peuvent pas être financées par les bénéfices. La plus grande partie des capitaux actuellement déversés dans ces constructions ne sera jamais récupérée. Les marchés commencent à en prendre acte. Alphabet a perdu 482 milliards de dollars de valeur boursière en une seule journée, la deuxième plus forte perte de ce type jamais enregistrée, après avoir révélé un déficit de flux de trésorerie disponible d’environ 9 milliards de dollars. Vendredi, le Nasdaq a reculé de 2,86 pour cent ; Intel a chuté de 28,6 pour cent ; l’indice des semi-conducteurs a perdu 7,2 pour cent, achevant un mois de pertes supérieures à 15 pour cent.
Tout cela se produit au sommet d’un niveau de valorisation boursière sans précédent. Le secteur technologique représente désormais 39,3 pour cent de l’indice S&P 500. Les 15 plus grandes entreprises concentrent un record de 46,7 pour cent de la valeur boursière de l’indice ; au plus fort de la bulle Internet, ce chiffre était de 27,2 pour cent. La capitalisation cumulée des cinq premières égale celle des 434 dernières. Le ratio entre la capitalisation boursière totale et le produit intérieur brut s’établissait à 243 pour cent fin septembre, contre 175 pour cent en mars 2000. En 2000, 15 pour cent des entreprises du S&P se négociaient à plus de 10 fois leur chiffre d’affaires ; aujourd’hui, c’est le cas de 40 pour cent d’entre elles. L’endettement sur marge avoisine 1 500 milliards de dollars. La dette nationale a dépassé 40 000 milliards de dollars, le rendement des obligations du Trésor à 10 ans est proche de 4,9 pour cent, et la Réserve fédérale (la Fed) discute de nouvelles hausses des taux d’intérêt.
Dans l’intervalle, les 0,1 pour cent d’Américains les plus riches détiennent désormais un record de 15 pour cent de l’ensemble du patrimoine des ménages. La moitié la plus pauvre en possède à peine 2 pour cent. L’enquête de la Fed elle-même sur les finances des consommateurs (Survey of Consumer Finances) montre qu’entre 2022 et 2025, le patrimoine médian réel des familles appartenant aux 10 pour cent supérieurs de la répartition des revenus a progressé de 31 pour cent, tandis que celui des 20 pour cent inférieurs a reculé de 6 pour cent.
Voilà la réalité économique dont aucun candidat n’a parlé. Quel que soit le parti qui contrôlera le Congrès en janvier, le plan de sauvetage de l’oligarchie financière sera bipartisan, et il sera payé aux dépens de la situation sociale de la classe ouvrière.
II. L’intelligence artificielle : la catastrophe sociale qu’on est en train de préparer
L’effondrement de la bulle de l’IA détruira des milliers de milliards de dollars de valeur sur le papier et l’épargne de millions de personnes. Mais ce serait une grave erreur de n’y voir qu’un événement financier. La question plus fondamentale est de savoir ce qu’est cette technologie, ce qu’on en fait et entre quelles mains elle se trouve.
Ce sujet est entouré d’une épaisse mystification. Tout d’abord, le terme « intelligence artificielle » dénature la technologie et ce qu’elle produit. Celle-ci n’est pas « artificielle » comme les fleurs en plastique, les bijoux fantaisie, les liftings, les rires préenregistrés et, du reste, le pseudo-socialisme de Bernie Sanders, d’Ocasio-Cortez et de Zohran Mamdani.
Elle est la reproduction et l’amplification scientifiques du travail intellectuel humain. Elle est construite à partir du savoir accumulé de l’humanité – chaque texte, chaque image, chaque article scientifique, chaque ligne de code produits par le travail collectif de générations. Les problèmes mathématiques résolus par l’IA et les années de vie gagnées grâce aux médicaments créés par l’application de l’IA n’ont rien d’artificiel.
Marx, dans les Grundrisse, a anticipé l’émergence de ce qu’il appelait l’intellect général: le savoir scientifique et technique accumulé de la société, objectivé dans les instruments de production. C’est cela qui est aujourd’hui rassemblé, et qui a été accaparé comme propriété privée par une poignée de grandes sociétés.
L’IA compte parmi les développements les plus significatifs de l’histoire de la capacité productive humaine. Trotsky observait en 1926 que la technique, qui sous le capitalisme est un moyen d’oppression, devient sous le socialisme le moyen de libérer l’humanité du labeur pénible. La question que pose l’IA n’est pas de savoir si elle doit exister. Cela a été tranché par sa découverte et son développement. La question est de savoir à qui elle appartient, qui décide de son usage et qui en subit les conséquences.
Au cours des cinq premiers mois de cette année, près de 400 000 suppressions d’emplois ont été annoncées aux États-Unis, l’IA étant la première raison invoquée par les employeurs. La technologie qui pourrait condenser des décennies de progrès scientifique en quelques années est au contraire utilisée pour supprimer des emplois, intensifier l’exploitation de ceux qui restent et les surveiller pendant qu’ils travaillent.
N’oublions pas non plus à quoi d’autre sert cette technologie. Le système Maven de Palantir aurait été utilisé pour frapper quelque 1 000 cibles au cours des 24 premières heures de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Cette même technologie dont ses promoteurs affirment qu’elle pourrait accélérer la guérison des maladies est en ce moment même en train de produire des listes de cibles en vue de la destruction d’un pays de plus de 90 millions d’habitants. Les centres de données dont la construction absorbe le capital du monde occidental sont l’infrastructure de la guerre autant que celle du commerce.
Il n’existe pas de solution réformiste à cette crise. Une taxe sur l’IA ne change rien à la question de savoir qui décide de ce qui est produit ni qui est jeté au chômage. Le sénateur Sanders propose un « fonds souverain de l’IA », dans le cadre duquel l’État prendrait une participation dans des entreprises qui resteraient privées, guidées par le profit et maîtresses de la technologie ; les travailleurs ne posséderaient rien et ne décideraient de rien. Le revenu de base universel n’est pas une solution, mais la gestion d’un chômage de masse permanent, une allocation versée aux chômeurs par l’État qui les a rendus superflus – chacun de ces mécanismes accepte comme permanent l’unique élément qui doit être aboli.
La question de savoir à qui appartient cette technologie et qui la dirige ne peut être réglée par la législation, la réglementation ou la fiscalité. C’est la question de quelle classe détient le pouvoir politique. L’expropriation des monopoles technologiques – leur transformation en services publics, la conversion des gains de productivité en une semaine de travail réduite sans perte de salaire, la subordination de ces immenses forces productives à une économie mondiale démocratiquement planifiée – ne peut être décrétée par un Congrès financé par ces mêmes monopoles, ni par un État capitaliste dont les agences militaires et de renseignement sont les plus gros clients. Elle ne peut être menée à bien que par la classe ouvrière, détentrice du pouvoir d’État, après qu’elle ait brisé la résistance de la classe dirigeante. Le problème que pose l’IA, formulé concrètement, est le problème de la révolution socialiste.
Les centres de données sont aussi l’infrastructure de la guerre. La même crise produit l’une et l’autre. Le capital qui ne trouve plus de débouché rentable dans la production de valeur réelle est jeté dans la spéculation, et une classe dirigeante qui ne peut surmonter son déclin économique par des moyens économiques se tourne vers la force militaire. La guerre contre l’Iran est un des fronts dans ce processus. Ce n’est pas le seul.
Cette guerre se déroule en même temps que l’escalade de la guerre menée par l’OTAN et l’Ukraine contre la Russie, qui entre elle-même dans une phase bien plus dangereuse. Le risque que ce conflit ne dégénère en guerre thermonucléaire est immense. Le 30 septembre, la Russie a averti qu’elle utiliserait « tout l’arsenal de forces et de moyens dont elle dispose, y compris les armes nucléaires » si l’OTAN tentait d’isoler Kaliningrad. Le 18 octobre, l’Ukraine a attaqué la Russie avec plus d’un millier de drones. Les puissances européennes se réarment elles-mêmes à une échelle jamais vue depuis les années 1930, et la pression en faveur de l’escalade vient autant de Berlin, de Londres et de Paris que de Washington. Il ne s’agit pas de conflits distincts. Ce sont des fronts dans un seul et même processus: le nouveau partage violent du monde entre les puissances impérialistes, qui est le contenu de ce que le Comité international de la Quatrième Internationale a caractérisé comme une guerre mondiale qui ne cesse de métastaser.
III. Le mouvement de la classe ouvrière et de la jeunesse
Mais il y a un autre front dans ce processus d’aggravation de la crise. Depuis sept semaines, un mouvement de jeunes et de travailleurs a éclaté à travers l’Europe, et il entre désormais dans une nouvelle phase.
En France, voici bientôt sept semaines que dure le plus fort bouleversement social depuis 1968. Il a commencé le 17 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil, dans les banlieues ouvrières du sud-est de Paris, où des élèves ont bloqué l’établissement pour protester contre des postes d’enseignants non pourvus. En l’espace de deux semaines, plus d’un millier de lycées avaient été touchés et plus de 200 bloqués. Le 17 octobre, le ministère de l’Intérieur a compté 550 000 manifestants, dont 110 000 à Paris; les organisateurs avançaient le chiffre de 800 000. Le 24 octobre, alors que le gouvernement avait interdit toutes les manifestations sauf celles organisées par les syndicats et déployé 70 000 policiers et gendarmes, des militaires prenant en charge la garde des bâtiments publics, le ministère de l’Intérieur comptait encore 410 000 manifestants.
La répression est d’une ampleur inédite en France depuis des décennies. Plus de 10 000 personnes ont été arrêtées. Un adolescent de 15 ans à Lens a perdu une main à cause d’une grenade de la police; un jeune de 16 ans a perdu l’usage d’un œil à Tours. Des couvre-feux nocturnes ont été instaurés dans certains quartiers de Paris, de Marseille et de Lyon. Macron a dénoncé des « actes […] séditieux » commis par l’« ultragauche », qu’il accuse de vouloir « faire tomber la République », et il a déclaré que les manifestations demandées par des gens « qui n’ont aucune légitimité pour cela » seraient interdites.
La France est l’expression la plus avancée d’un processus continental. En Italie, les manifestations étudiantes de la journée « No Meloni Day », le 16 octobre, ont été suivies d’émeutes à Milan, à Turin et à Bologne; le gouvernement Meloni a déployé des troupes à Milan et décrété des peines de deux à cinq ans de prison pour « violences organisées lors de manifestations publiques », ainsi que la présomption de responsabilité pénale, sauf preuve du contraire, pour les 14-18 ans et des amendes pour leurs parents.
En Espagne, le mouvement pour le logement a éclaté après l’expulsion, puis la mort, d’une personne de 87 ans, locataire à Madrid; une grève générale pour le logement est prévue le 11 novembre. En Grèce, les étudiants ont installé un premier campement place Syntagma le 13 octobre.
Au Portugal, la police a évacué les campements pour le logement à Lisbonne et à Porto. En Belgique, les syndicats ont appelé à une manifestation nationale le 23 novembre. En Irlande, des centaines de milliers d’agents du secteur public ont fait grève le 14 octobre. En Autriche, quelque 50 000 personnes ont défilé à Vienne le 22 octobre contre un accord de financement qui laisse les universités avec un manque à gagner de 2 milliards d’euros. En Serbie, 150 000 personnes ont marché dans Belgrade le 22 octobre, trois jours avant l’élection où la Liste des étudiants a battu Vučić.
Le mouvement a maintenant gagné l’Allemagne. Des manifestations appelées par une initiative de jeunes qui se fait appeler « Gen Z regelt » – en gros, « la génération Z prend les choses en main» – ont rassemblé, selon les organisateurs, quelque 120 000 jeunes à Berlin, Francfort, Cologne, Hambourg, Munich et dans d’autres villes, contre le coût de la vie et l’état des écoles. Les manifestations ont été accueillies par les canons à eau. Elles font suite aux grèves scolaires organisées plus tôt cette année contre la nouvelle loi sur le service militaire, en vertu de laquelle chaque jeune de 18 ans en Allemagne reçoit désormais un questionnaire de service militaire, obligatoire pour les hommes jeunes.
Mais l’événement le plus important s’est produit il y a trois jours, et il annonce un changement dans le caractère du mouvement. Le vendredi 30 octobre, des dockers et des travailleurs portuaires ont fait grève, organisé des piquets et manifesté dans 113 ports de 22 pays et régions sur cinq continents, sous le mot d’ordre « Les dockers ne travaillent pas pour la guerre ». Leur déclaration commune affirmait que les ports ne devaient pas servir à transporter des armes, des munitions, du matériel militaire ou des troupes.
En Italie, les débrayages des dockers s’inscrivaient dans une grève générale de 24 heures lancée par la confédération syndicale USB contre la hausse du coût de la vie, les bas salaires et l’économie de guerre. Le 27 octobre, le ministre des Transports Salvini a ordonné le report des grèves en invoquant la période de la Toussaint, avec des amendes de 500 à 1 000 euros par jour pour ceux qui feraient grève malgré tout. L’USB a déclaré cet ordre illégitime et a fait grève.
Ces travailleurs tiennent les artères par lesquelles passe l’approvisionnement de la guerre. Pendant une journée, ils les ont fermées. La capacité de la classe ouvrière internationale à stopper la machine de guerre a été démontrée dans la pratique, sur cinq continents, le même jour, par des travailleurs qui ne s’étaient jamais rencontrés.
L’action des dockers révèle le potentiel du pouvoir ouvrier. Mais le problème de la direction politique et du programme reste entier. Les travailleurs entrent en lutte contre la guerre et l’austérité par l’intermédiaire d’organisations dont les directions sont inféodées aux gouvernements qui mènent la guerre et imposent l’austérité.
La réponse officielle à la montée de l’opposition de masse est partout la même. Macron en rend responsable l’« ultragauche ». Trump accuse l’immigration. Meloni met en cause des « voyous » ; le ministre de l’Intérieur de Merz accuse la gauche et les migrants. Aucun d’eux ne mentionne que les gouvernements d’Europe sont en train, simultanément, de porter les dépenses militaires vers 5 pour cent du PIB, de payer des intérêts records sur leurs dettes et de réduire les budgets des écoles, des retraites, de la santé et du logement – ni que le choc énergétique qui alimente l’inflation est la conséquence directe de la guerre contre l’Iran qu’ils soutiennent. La simultanéité de ces mouvements – dans une douzaine de pays, autour des mêmes griefs, face aux mêmes mesures – exclut toute explication au niveau de la politique nationale. Cette éruption doit être comprise comme l’expression de forces économiques objectives agissant à l’échelle mondiale.
IV. Les fondements objectifs
À la base de cette éruption internationale de manifestations de masse se trouve la transformation en un système unique du processus de production même, intégré à l’échelle mondiale. Peter Dicken, dont Global Shift est l’ouvrage universitaire de référence sur la géographie de l’économie mondiale, démontre que ce qui est apparu est un réseau de chaînes de production coordonnées par les sociétés transnationales et dans lequel une part importante et croissante du commerce mondial consiste en composants et biens intermédiaires se déplaçant entre les diverses étapes d’un seul et même processus.
Les échanges entre économies nationales produisant chacune des biens finis ont été supplantés par l’organisation de la production par-delà les frontières. Le véhicule assemblé dans le Michigan contient des semi-conducteurs fabriqués à Taïwan sur des machines de lithographie néerlandaises, des faisceaux de câbles de Ciudad Juárez, des terres rares raffinées en Chine, des logiciels écrits à Bangalore et de l’acier issu de minerai brésilien et australien. L’étiquette d’origine est devenue une fiction. Les travailleurs du Guangdong, de Stuttgart, de São Paulo et de Detroit travaillent tous à différentes stations du seul et même processus.
Il en a résulté la création de la plus grande classe ouvrière de l’histoire de l’humanité. La population active mondiale a pratiquement doublé depuis 1980, pour atteindre quelque 3,7 milliards de personnes selon l’estimation de l’Organisation internationale du travail. Des centaines de millions de personnes ont été arrachées aux campagnes de Chine, d’Inde, d’Amérique latine et d’Afrique et entraînées dans les circuits de la production mondiale; pour la première fois dans l’histoire, la majorité de l’humanité vit dans des zones urbaines. Des professions que l’on considérait, il y a une génération, comme extérieures à la classe ouvrière – médecins, ingénieurs, enseignants d’université, programmeurs – ont été prolétarisées.
L’immense croissance de la classe ouvrière au cours des quatre dernières décennies réfute de manière décisive ce qui est, depuis au moins aussi longtemps, une affirmation essentielle de la théorie sociale et politique antimarxiste: à savoir que l’identification du prolétariat comme la force révolutionnaire décisive de la société capitaliste, comme le « fossoyeur » du système de profit, était fausse et sans pertinence du point de vue de la stratégie politique.
V. Le rejet de la classe ouvrière dans la théorie antimarxiste
Parmi les ex-socialistes les plus en vue qui ont répudié la théorie marxiste de la révolution prolétarienne figurait l’intellectuel français André Gorz, dont les Adieux au prolétariat ont paru en 1980 et ont été publiés en anglais deux ans plus tard par la maison d’édition anti-trotskyste Pluto Press sous le titre Farewell to the Working Class. Il y proclamait que « le développement du capitalisme [avait] produit une classe ouvrière qui, dans sa majorité, [n’était] pas capable de se rendre maîtresse des moyens de production et dont les intérêts directs ne concordaient pas avec une rationalité socialiste ».
Ernesto Laclau et Chantal Mouffe ont ensuite fourni le cadre théorique d’un « populisme de gauche » non socialiste, qui allait influencer tout un éventail d’organisations antimarxistes petites-bourgeoises, parmi lesquelles Podemos, dont les fondateurs étaient des disciples déclarés, et Syriza. Leur ouvrage principal, Hégémonie et stratégie socialiste (Hegemony and Socialist Strategy), a été publié en 1985 par Verso, la maison d’édition du mouvement pabliste qui a rompu avec le trotskysme dans les années 1950. Ce qui était en crise, annonçaient-ils dans l’introduction, c’était « toute une conception du socialisme qui repose sur la centralité ontologique de la classe ouvrière, sur le rôle de la Révolution, avec la majuscule, comme moment fondamental de la transition d’un type de société à un autre ». Ils ne laissaient aucun doute sur la distance qu’ils avaient parcourue: « Nous pouvons maintenant dire assez clairement que nous nous trouvons en terrain post-marxiste. Il n’est plus possible de maintenir la conception de la subjectivité et des classes élaborée par le marxisme, ni sa vision du cours historique du développement capitaliste... »
C’est dans cette déclaration cynique de mépris pour la classe ouvrière que se trouvent les racines théoriques de la dénonciation par les DSA de ce qu’ils appellent le « réductionnisme de classe » – c’est-à-dire de la centralité de la classe ouvrière dans la perspective et le programme du socialisme. Ce livre est un véritable trésor de vitriol antimarxiste et de galimatias irrationaliste, et on le lit en imaginant un universitaire frustré qui, du haut de sa chaire, hurlerait, à la manière du présentateur déséquilibré de Network, qu’il en a plus qu’assez du marxisme et qu’il n’en supportera pas davantage.
Mais on y trouve une phrase d’une importance exceptionnelle, qui donne la clé du pragmatisme intellectuellement en faillite qui caractérise la politique des DSA. Laclau et Mouffe ont écrit: « Évitons toute tentation de revenir aux “origines”. » Ce qu’ils voulaient dire : oublions l’histoire, ainsi que les luttes théoriques et politiques – contre l’idéalisme philosophique, l’utopisme, le radicalisme petit-bourgeois et l’anarchisme, ainsi que contre les sophismes et les soporifiques de la démocratie bourgeoise – dont le marxisme est issu. Nul besoin d’assimiler la critique marxiste du réformisme et de l’opportunisme. On peut ignorer la théorie de l’État comme corps d’hommes armés, instrument essentiel de la domination de classe.
VI. La politique des Democratic Socialists of America
En juillet 2026, les DSA ont publié leur programme national révisé sous le titre Workers Deserve More (« Les travailleurs méritent davantage »). Ce titre résume à lui seul toute leur politique. C’est un plaidoyer adressé à personne en particulier pour que les travailleurs reçoivent une plus grande part de ce qu’ils produisent. En 1865, répondant à l’owéniste John Weston, Marx déclarait au Conseil général de la Première Internationale que la classe ouvrière devait abandonner le mot d’ordre conservateur « Un salaire équitable pour une journée de travail équitable » et inscrire sur son drapeau le mot d’ordre révolutionnaire de l’« Abolition du salariat ». Samuel Gompers bâtit l’American Federation of Labor sur ce principe conservateur. Un siècle et demi plus tard, les DSA l’ont adopté comme nom de leur programme.
« Les travailleurs méritent davantage » présuppose le maintien du rapport salarial et demande seulement que ses conditions soient améliorées. Le mot exploitation, le fait que le profit est le travail non rémunéré de la classe ouvrière, et la conclusion qui en découle – l’abolition de l’esclavage salarié – sont absents. Le socialisme est converti en un appel humanitaire en faveur de ceux qui le méritent.
Le programme s’ouvre sur une invitation: « Imaginez-vous prendre un jour de congé dans un avenir sans capitalisme. » Telle est la méthode du document. Il n’analyse pas le capitalisme ; il demande au lecteur d’imaginer son absence. On n’y trouve aucune analyse de la crise du capitalisme américain et mondial, du déclin de l’hégémonie américaine, du capital financier et de la montagne de dettes sur laquelle repose le système, de la volonté de repartager par la force les marchés et les ressources du monde. L’impérialisme en tant que système n’est pas expliqué ; le mot n’apparaît même pas. La guerre contre l’Iran, lancée quelques semaines avant que le comité de rédaction ne commence ses travaux, ne fait l’objet d’aucun point dans ce programme. Un programme socialiste rédigé en 2026 qui ne mentionne pas le danger de guerre nucléaire ne saurait être pris au sérieux comme réponse à la crise du monde contemporain.
Le cadre est national de bout en bout. Les revendications s’adressent à l’État américain ; les ressources qui les financeraient sont celles de l’impérialisme américain ; les travailleurs de Chine, du Mexique, d’Inde et du Vietnam, dont le travail est lié à celui des travailleurs américains au sein des mêmes chaînes de production, n’apparaissent nulle part. L’unique phrase d’internationalisme est la suivante : « Les gens du monde entier méritent de vivre leur vie sans ingérence des États-Unis. » La classe ouvrière internationale, seule force capable de mettre fin à la guerre, n’est pas conçue comme un sujet politique.
Le programme déplore que « le Parti démocrate [dorme] au volant ». Un parti qui a organisé les guerres d’Irak et d’Afghanistan, renfloué les banques en 2008, armé la guerre en Ukraine et la destruction de Gaza, et dont les membres du Congrès – dont des membres des DSA – ont voté en 2022 l’interdiction d’une grève de 115 000 cheminots, ne dort pas. Il est bien réveillé et fait son travail. Cette formule sert à justifier la présence continue des DSA à l’intérieur de ce parti, où siègent leurs élus, où leur maire de New York récemment élu a rencontré le président dans le Bureau ovale, et où leur congrès de 2025 a voté la création d’un comité exploratoire pour un candidat soutenu par les DSA aux primaires démocrates de 2028 pour la présidentielle.
VII. La position de classe des DSA
Les auteurs ont rédigé un programme qui ne comporte aucun point sur la guerre, sur le rôle qu’y joue le Parti démocrate ni sur la question du pouvoir ; l’un de ses auteurs a expliqué que peu d’efforts avaient été consacrés au texte parce qu’il s’agissait « plus d’une brochure accompagnant de nombreuses autres campagnes politiques que d’un programme autonome ». Ce sont là les décisions de cadres politiques chevronnés qui fonctionnent comme l’aile gauche du Parti démocrate et qui sont hostiles au socialisme révolutionnaire. Le but du programme est de fournir aux sentiments anticapitalistes des jeunes et des travailleurs un vocabulaire qui les maintient à l’intérieur du parti de l’impérialisme américain, et d’empêcher la seule chose que doit faire un programme socialiste : dire à la classe ouvrière la vérité sur la crise à laquelle elle est confrontée et sur la lutte que cette crise exigera d’elle.
Ce qui frappe le plus, c’est le gouffre qui sépare ce que les DSA présentent comme du socialisme et la réalité politique. Agissant dans un pays contrôlé par la classe dirigeante la plus brutale du monde – qui a mené, au cours des trois dernières décennies seulement, des guerres qui ont fait des millions de morts, qui prépare en ce moment même la destruction du réseau électrique et de l’approvisionnement en eau d’une nation de plus de 90 millions d’habitants, et qui, à l’intérieur des États-Unis, répond par la violence aux protestations pacifiques – les DSA ne donnent pas la moindre idée de la profondeur et de l’ampleur de la lutte qu’il faudra mener pour mettre fin au capitalisme. Ils proposent de contenir les marées du militarisme impérialiste et de la barbarie fasciste avec un balai réformiste.
Rien de tout cela n’a le moindre rapport avec le marxisme. Marx a depuis longtemps couvert de mépris le pseudo-radicalisme des classes moyennes qui « supprime la lutte révolutionnaire des classes avec ses nécessités au moyen de petits artifices et de stratagèmes et de grandes sentimentalités ». À l’opposé de cette bouillie politiquement creuse, il a déclaré que le socialisme révolutionnaire était « la déclaration de la permanence de la révolution, la dictature de classe du prolétariat, comme point de transition nécessaire pour arriver à la suppression des différences de classes en général, à la suppression de tous les rapports de production sur lesquels elles reposent, à la suppression de toutes les relations sociales qui correspondent à ces rapports de production, au bouleversement de toutes les idées qui émanent de ces relations sociales ». [Les Luttes de classes en France, Collected Works, vol. 10, p. 126-127]
Une perspective sociale bien définie guide la politique des DSA, et elle a été identifiée par Marx et Engels en 1850, après la trahison de la classe ouvrière par la classe moyenne démocratique :
Les petits bourgeois démocratiques, bien loin de vouloir bouleverser toute la société au profit des prolétaires révolutionnaires, tendent à modifier l’ordre social de façon à leur rendre la société existante aussi supportable et aussi commode que possible. [Adresse du Comité central à la Ligue des communistes, mars 1850]
Si l’on applique cette analyse aux conditions actuelles: les DSA, héritiers politiques des démocrates petits-bourgeois décrits par Marx, ne désirent rien de plus que d’obtenir, pour leur base sociale insatisfaite, issue des couches supérieures de la classe moyenne, une répartition plus favorable des richesses au sein des 10 pour cent supérieurs de la société. C’est cette aspiration sociale qui alimente la politique d’identité et l’appel à l’« équité » plutôt qu’à l’égalité. C’est pourquoi le mot d’ordre lancé en 2011 par des démagogues de la classe moyenne en colère était « Occupy Wall Street » (Occupez Wall Street) au lieu de l’exproprier.
VIII. Conclusion
Quel que soit le résultat du scrutin de demain, la politique sera déterminée, en dernière analyse, par la crise de l’économie capitaliste, par l’usage qui sera fait d’une technologie qui transforme les conditions de travail de l’ensemble du genre humain, par la marche de l’impérialisme américain vers la guerre et par la réponse de la classe ouvrière internationale.
La lutte pour le socialisme doit reposer sur une évaluation scientifiquement fondée des contradictions du capitalisme mondial et de leurs implications pour le développement de la lutte des classes. La crise du capitalisme mondial est à la source de la résurgence du fascisme et d’une guerre qui ne cesse de métastaser. La même crise pousse la classe ouvrière à entrer en lutte à l’échelle internationale, et la conscience de l’interdépendance mondiale de cette lutte grandit dans la classe ouvrière – l’action des dockers vendredi en est la preuve. Mais une prise de conscience générale de cette interdépendance ne suffit pas. La question décisive est de savoir si la conscience de classe trouvera son expression dans un programme qui corresponde à la situation objective.
C’est là une question à laquelle on ne peut répondre qu’à travers la lutte. Le Socialist Equality Party, section américaine du Comité international de la Quatrième Internationale, intervient dans la lutte des classes. Nous luttons pour l’unification de la classe ouvrière par-delà les frontières nationales et pour l’indépendance politique totale de la classe ouvrière vis-à-vis du Parti démocrate et de tous les agents politiques de la classe dirigeante.
À cette fin, nous appelons à l’organisation de comités de la base, indépendants des bureaucraties syndicales, afin de coordonner les luttes des travailleurs aux États-Unis et à l’ international par l’intermédiaire de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (acronyme anglais IWA-RFC). Nous menons la lutte contre la guerre comme une lutte contre le système capitaliste. Notre but est la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière, condition préalable essentielle à la réorganisation de l’économie mondiale sur des bases socialistes. Nous dénonçons comme des impostures réactionnaires toutes les propositions d’une voie nationale au socialisme. Il n’en existe aucune.
Le Socialist Equality Party est un parti de l’histoire. Son programme n’est pas le fruit d’improvisations pragmatiques. Il s’appuie sur la vaste expérience des luttes révolutionnaires menées pendant tout un siècle, faites à la fois de victoires et de défaites. Nous fondons notre programme sur la lutte menée par Lénine contre l’opportunisme, sur laquelle reposait la construction du Parti bolchevique et qui a conduit la classe ouvrière russe à la victoire en octobre 1917; et sur la théorie de la révolution permanente élaborée par Léon Trotsky, qui a établi que la conquête du pouvoir par la classe ouvrière ne pouvait être réalisée et consolidée qu’à travers la stratégie de la révolution socialiste mondiale.
Enfin, le travail du SEP et de ses camarades dans le monde entier est animé par la conviction que la tâche politique centrale de notre époque, dont dépendent la victoire du socialisme et l’avenir de l’humanité, est la résolution de la crise de la direction révolutionnaire de la classe ouvrière. Cette crise ne peut être résolue que par la construction du Socialist Equality Party et de la Quatrième Internationale, le Parti mondial de la révolution socialiste. J’en appelle aux étudiants présents ce soir: rejoignez et construisez l’IYSSE, l’International Youth and Students for Social Equality [Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale].
