Septième conférence de l'école d'été 2025, 2e partie

La réponse de Joseph Hansen à «La sécurité et la Quatrième Internationale»

Il s’agit de la deuxième partie de la conférence «La publication de Comment la GPU a assassiné Trotsky et les premières conclusions de La sécurité et la Quatrième Internationale», présentée par Andre Damon et Tom Hall lors de l'école d'été 2025 du Socialist Equality Party (États-Unis) sur l’histoire de l’enquête «La sécurité et la Quatrième Internationale». La 1ere partie est disponible ici. Pour accompagner cette conférence, le WSWS publie «L’Acte d’accusation: Les complices de la GPU» (en anglais), publié pour la première fois le 1er janvier 1976, qui accusait les dirigeants du SWP, Joseph Hansen et George Novack, d’être des complices de la GPU en raison de leur dissimulation, pendant des décennies, de l’infiltration d’agents staliniens au sein du mouvement trotskyste.

La réponse de Hansen à «How the GPU Murdered Trotsky» a été publiée le 14 novembre 1975 dans The Militant, sous le titre «On Healy’s investigation – what the facts show» («Sur l’enquête de Healy: ce que montrent les faits»).

La méthode de Hansen dans sa réponse était un mélange de mensonges, de calomnies, de sarcasmes et d’esquives. S’étalant sur seize pages et demie, son texte ressemble davantage à une diatribe qu’à une déclaration politique. Mais s’il y a un fil conducteur, c’est qu’il couvre, sur chaque point, les assassins de la GPU responsables du meurtre de Trotsky.

Hansen commence en affirmant que seuls des sectaires pourraient s’intéresser à identifier les responsables du crime politique du siècle et à dévoiler le «fleuve de sang» séparant le stalinisme du marxisme authentique.

Il attaque le CIQI pour avoir lancé cette enquête au lieu de se consacrer à des travaux «plus pratiques», comme s’adapter à la bureaucratie syndicale et au mouvement étudiant, comme le faisaient les pablistes. Hansen écrit avec sarcasme:

«Qu’est-ce qui pousse les healyistes à agir ainsi? Pourquoi un petit groupe isolé d’aspirants révolutionnaires considérerait-il plus important de dénoncer les attaques de Joseph Hansen que d’apporter le message du socialisme aux travailleurs manifestant à Washington contre la dépression? Pourquoi devraient-ils considérer plus important, à Boston, d’“accuser” Joseph Hansen plutôt que de participer à une discussion avec des militants venus de tout le pays sur la meilleure façon de contrer les attaques meurtrières de racistes assoiffés de lynchage? Il est clair qu’ils considèrent cela comme une question d’importance vitale.»

Ainsi, Hansen balaye d’un revers de main la lutte pour lever le voile sur l’assassinat de Trotsky, la qualifiant de simple préoccupation d’une petite secte «d’aspirants révolutionnaires».

Hansen s’adresse ici au cynisme politique des pablistes et du milieu révisionniste plus large. Pour eux, l’enquête sur le meurtre de Trotsky est en contradiction directe avec des tâches «plus immédiates et pratiques», dont le contenu politique réel était la liquidation du trotskysme.

À un niveau plus fondamental, ils s’en moquaient. Qui pouvait s’intéresser à de telles choses? Une caractéristique du radicalisme petite-bourgeois est sa profonde indifférence envers les questions historiques.

En 1940, lors de la lutte contre la tendance Burnham-Shachtman, Trotsky résumait l’attitude des radicaux petit-bourgeois comme «mépris de la théorie et tendance à l'éclectisme; irrespect pour la tradition de leur propre organisation; souci de l''indépendance' individuelle aux dépens de celui de la vérité objective; nervosité au lieu d'esprit de suite; promptitude à passer d'une position à une autre; incompréhension du centralisme démocratique et animosité envers lui; enfin tendance à substituer à la discipline de parti les liens de groupe et les attachements personnels.»

Hansen accompagne son rejet de l’enquête d’une attaque subjective contre le CIQI, disant que ce qu’il appelle «l’obsession» de celui-ci pour la sécurité est le produit de la «paranoïa» et de la «folie». Il persiste à mentir sur l’enquête de la commission de contrôle de la Workers League concernant Nancy Fields, affirmant qu’«il n’existait aucune preuve» et que Healy avait «agi sur de purs soupçons». Il tente d’associer l’enquête à ce qu’il présente comme «un historique de violence et de brutalité» contre les opposants politiques.

Son argumentation, qui sera jugée si «convaincante» par pratiquement tous les groupes révisionnistes, porte toutes les caractéristiques d’une provocation stalinienne: un ton hystérique et des accusations de «violence» destinées à brouiller les pistes et à préparer le terrain pour de nouvelles provocations.

Les éléments fondamentaux de l’article de Hansen sont les suivants:

  • Premièrement, Sylvia Franklin n’était pas un agent, et suggérer le contraire relève de la calomnie ;

  • Deuxièmement, les révélations de Floyd Cleveland Miller sur les marins trotskystes pendant la Seconde Guerre mondiale n’avaient «aucune importance»;

  • Troisièmement, il s’oppose à la réouverture de la question concernant Robert Sheldon Hart dans le raid de Siqueiros;

  • Quatrièmement, il esquive toute discussion sur le rôle de Mark Zborowski ;

  • Cinquièmement, il tente «d’expliquer» sa rencontre avec le FBI en prétendant qu’elle avait reçu l’aval de personnes aujourd’hui décédées et incapables de confirmer son récit, «sans jamais aborder» sa rencontre avec la GPU;

  • Sixièmement, Hansen falsifie la position de Trotsky même sur la question de la sécurité, ainsi que celle de Lénine, afin de justifier son attaque contre «La sécurité et la Quatrième Internationale».

L’un des aspects les plus révélateurs de l’article de Hansen est sa défense de Sylvia Franklin. À cette date, les preuves accumulées permettaient d’affirmer sans équivoque qu’elle était un agent de la GPU. Parmi celles-ci figuraient:

  • Les informations transmises au SWP par les shachtmaniens;

  • Les deux livres de Louis Budenz et son témoignage de 1950 devant la Commission sur les activités antiaméricaines;

  • Sa mention dans l’acte d’accusation contre Robert Soblen en tant que co-conspiratrice;

  • Le témoignage de Jack Soble lors de ce procès, qui la désignait comme l’une de ses dix agents anti-trotskystes dans les années 1940.

Hansen ment à propos de ces preuves, affirmant que la seule base de l’allégation est la soi-disant «calomnie» de Budenz. Il écrit: «Il est vrai que Max Shachtman a rapporté à la direction du SWP ce qu’il avait entendu dire des rumeurs qu’avait fait circuler Budenz.»

Mais il ment lorsqu’il dit que Shachtman a simplement répété des allégations de Budenz. En réalité, Shachtman est venu au SWP avec des informations distinctes, qui provenaient directement d’une source fiable.

En début d’année 1947, le SWP considérait assurément Budenz comme un témoin crédible. Le parti a réagi à la publication de son livre «This is My Story» en la couvrant largement dans The Militant et par une campagne publique exigeant que Budenz soit convoqué pour témoigner devant un grand jury sur tout ce qu’il savait de l’infiltration du mouvement trotskyste par la GPU.

Mais cela a brusquement cessé en mai 1947, après que Shachtman eut transmis ses informations sur Franklin au SWP. Trois ans plus tard, Budenz a publié son deuxième livre, «Men Without Faces», qui, sans nommer Franklin, contenait des informations spécifiques et détaillées qui l’impliquaient clairement. James P. Cannon a répondu à ce livre en dénonçant Budenz comme un calomniateur et en affirmant que Franklin avait été blanchie par une commission de contrôle.

La déclaration de Cannon a été publiée en août 1950; trois mois plus tard, Budenz a livré un témoignage détaillé devant la HUAC [Commission de la Chambre sur les activités antiaméricaines] au sujet de Franklin, décrivant son recrutement initial au sein du mouvement de jeunesse communiste de Chicago et citant l’évaluation du maître-espion de la GPU Gregory Rabinowitz selon laquelle son travail était «inestimable». The Militant n’en a jamais parlé.

Dans un passage qui deviendrait tristement célèbre, Hansen écrit:

Sylvia Caldwell (c’était son nom de parti) a travaillé très dur dans sa tâche plutôt difficile de gestion du bureau national du Socialist Workers Party, ce qui incluait d’assister Cannon à titre de secrétaire. En fait, tous les camarades qui partageaient ces tâches souvent pénibles avec elle la considéraient comme exemplaire. Ils étaient tout aussi indignés qu’elle par les calomnies ignobles propagées par Budenz.

Se cachant derrière la réputation de Cannon, il soutient qu’affirmer que Franklin était un agent reviendrait à impliquer le fondateur du trotskysme américain dans une dissimulation.

Si dissimulation il y a eu, si la commission de contrôle a été truquée, si aucune commission de contrôle n’a jamais eu lieu – comme l’allèguent maintenant les healyistes – alors la responsabilité principale incombe clairement à James P. Cannon, l’un des fondateurs de la Quatrième Internationale. Selon la logique du Gros Mensonge pratiquée par les healyistes, Cannon doit être catalogué comme «complice de la GPU», voire pire.

En 2018, le WSWS a publié pour la première fois le compte rendu de l’entretien de la commission de contrôle du SWP avec Sylvia «Caldwell». Elle y a admis des liens personnels avec le Parti communiste qu’elle avait précédemment cachés à la direction du SWP, y compris le fait qu’elle était mariée au stalinien Zalmond Franklin et qu’elle avait été membre d’une organisation étudiante alignée sur le stalinisme, la National Students’ League. Elle a déclaré au SWP que les parents de Franklin «étaient soit des communistes par idéologie, soit simplement proche du Parti communiste.»

Cela minimise grandement les liens de Franklin. En réalité, Zalmond Franklin provenait d’une famille de staliniens influents de Milwaukee. Son père, Samuel Franklin, était un dirigeant local du North American Committee to Aid Spanish Democracy, un groupe aligné sur le stalinisme. Zalmond et son père avaient combattu ensemble en Espagne.

Si le SWP avait décidé de lancer une enquête, il aurait rapidement découvert ces informations grâce aux données disponibles publiquement à l’époque, y compris des articles des journaux locaux.

Mais le SWP n’a pas poursuivi l’enquête. Au contraire, il l’a étouffée. Ce fut une erreur de jugement colossale. Elle a non seulement compromis la sécurité du parti, mais aussi affaibli politiquement sa lutte contre le stalinisme et l’impérialisme américain.

En défendant Franklin, Hansen perpétuait un camouflage qui durait depuis des décennies. Le refus d’admettre le rôle joué par celle-ci était absolument remarquable. Pourquoi agissaient-ils ainsi? Cela suggérait qu’il y avait bien plus en jeu. En effet, tout au long de l’enquête, le SWP a continuellement insisté sur l’innocence de Franklin, malgré l’accumulation des preuves.

Le SWP était lui-même conscient de la fragilité de sa position. En 1977, Tim Wohlforth, alors membre du Comité national du SWP, a envoyé une lettre à Jack Barnes, dans laquelle il écrivait:

Nancy [Fields] et moi avons longuement réfléchi au dernier matériel de Healy sur Caldwell et à ses implications… Il me semble maintenant hautement probable que Sylvia Caldwell était un agent de la GPU. Nous avons l’air un peu faibles à continuer de prétendre qu’elle ne l’était pas. En admettant la probabilité qu’elle l’était – alors, qu’est-ce que cela prouve?

Il est apparu plus tard quelle en était la raison. Maintenir la fiction de l’innocence de Sylvia Franklin était nécessaire pour protéger un autre ancien agent de la GPU au sein du SWP: Joseph Hansen.

Hansen admet, contrairement à Franklin, que Floyd Cleveland Miller était un agent. Mais il affirme que l’impact de son travail d’identification des marins trotskystes était négligeable. Mais pourquoi la GPU aurait-elle voulu obtenir les noms des marins trotskystes entrant dans les ports soviétiques, sinon pour les tuer ou préparer le meurtre d’autres personnes?

Mais Hansen balaye cela d’un revers de main, comme sans importance, ajoutant:

Les healyistes transforment cette affirmation sur un agent stalinien en une question: «Combien de marins sont morts en haute mer ou ont disparu dans les ports russes parce que Miller avait prévenu la GPU de leur arrivée?»

Il répond: «La réponse est ‘aucun’.»

Avec cette réponse, Hansen dissimule la campagne continue de meurtres menée par Staline contre la Quatrième Internationale pendant la guerre. Dans un cas tragique, le trotskyste Walter Held, qui tentait de rejoindre l’Asie pour fuir vers les États-Unis, a été intercepté et tué par la GPU durant son transit à l’intérieur de l’Union soviétique. Une description plus complète de la persécution incroyable du mouvement trotskyste pendant la Seconde Guerre mondiale peut être trouvée dans L’Héritage que nous défendons.

Hansen rejette catégoriquement la tentative du CIQI de réexaminer le rôle de Robert Sheldon Harte dans le raid de mai 1940. Il accuse le CIQI de ressusciter les «calomnies» de la presse stalinienne contre Harte. Dans ce cadre, il écarte les informations selon lesquelles le père de Harte était un ami personnel de Hoover, que les opérations du FBI au Mexique avaient été mises à sa disposition pour rechercher son fils disparu, les rapports indiquant que Harte possédait une photo dédicacée de Staline dans sa chambre, ainsi qu’un dictionnaire espagnol signé par Siqueiros, le chef de l’assaut [contre la résidence de Trotsky].

Hansen répond: «Tout au plus, ces éléments montrent que Harte est né dans une famille riche et conservatrice, qu’il s’est radicalisé et qu’il a caché ses opinions révolutionnaires à sa famille. Ce genre de profil n’est pas inconnu de nos jours.» En d’autres termes, les questions sans réponse sur Harte ne devaient tout simplement pas être approfondies.

Après la fin de l’Union soviétique, la publication des câbles d’espionnage soviétiques, connus sous le nom de Venona Papers, a prouvé que Harte avait été un agent. Mais en 1975 le CIQI n’était pas le seul à avoir soulevé des questions sur son implication.

Parmi ces personnes il y avait:

  • L’ancien membre dirigeant du SWP, Albert Goldman, dans un article publié en octobre 1940, moins de deux mois après la mort de Trotsky

  • Isaac Deutscher, dans sa biographie de Trotsky;

  • L’ancien chef de la police mexicaine Leandro Salazar et Julian Gorkin, dans leur livre Meurtre au Mexique, qui contenait des informations accablantes impliquant Harte;

  • Harold Robins;

  • Le pabliste belge Georges Vereeken;

  • Isaac Don Levine, auteur de L’esprit d’un assassin; et

  • Le révolutionnaire socialiste et ancien membre de l’Opposition de gauche Victor Serge.

Ce qui est peut-être le plus significatif, c’est que la réponse de Hansen esquive totalement le rôle de Mark Zborowski, dont l’implication a été abondamment documentée par l’enquête. Voici tout ce qu’il écrit à ce sujet:

Les ‘enquêteurs’ healyistes consacrent un espace considérable à Mark Zborowski, cet agent de la GPU qui a infiltré le mouvement trotskyste en 1934 et gagné la confiance de Leon Sedov, le fils de Trotsky.

Sous le nom d’‘Etienne’, il a aidé à publier le Bulletin de l’Opposition de gauche et participé au travail quotidien du petit centre de la Quatrième Internationale à Paris. Zborowski a été impliqué dans la mort mystérieuse de Léon Sedov dans un hôpital parisien, le 16 février 1938.

En ce qui concerne de salir le SWP, cette opération doit être considérée comme un puits perdu.

Et c’est tout. Hansen, estimant visiblement que moins on en parle, mieux c’est, change immédiatement de sujet, évitant ainsi toute discussion sérieuse sur la question.

Loin d’être un «puits perdu», il s’agissait en réalité d’un égout jaillissant d’infiltration étatique qui a non seulement préparé l’assassinat de Trotsky, mais encore ouvert la voie à la prise de contrôle du SWP par le FBI dans les années 1960.

Le récit de Hansen minimise à tel point le rôle de Zborowski dans l’assassinat de Trotsky, de Leon Sedov et d’autres dirigeants qu’il équivaut à une dissimulation délibérée. Au mieux, est disposé à admettre Hansen, Zborowski n’a jamais été que «possiblement» impliqué dans la mort de Sedov.

Cela aussi s’inscrit dans le prolongement d’un silence de plusieurs décennies de la part de Hansen et du SWP, qui ont notamment ignoré le témoignage de Zborowski devant le Sénat et son procès pour parjure dans les années 1950.

Un article expéditif rédigé par Hansen en avril 1956 passe en revue la publication de nouvelles informations sur Zborowski dans le journal libéral The New Leader. Hansen minimise ces révélations et présente Zborowski comme une figure marginale et jusqu’alors inconnue. «Mark Zborowski, coauteur d’une étude ethnique populaire sur la vie juive en Pologne… a-t-il participé à l’organisation par Staline du meurtre de Léon Trotsky et de son fils Leon Sedov?», commence-t-il son article.

Hansen affirme à plusieurs reprises qu’aucune information nouvelle importante sur le meurtre de Trotsky n’a été découverte, déclarant qu’il y a «une pénurie de nouvelles informations» et que les déclarations de Zborowski-même sont «vagues».

De manière significative, Hansen fait semblant de ne pas avoir connu l’existence de la lettre d’Orlov et écrit que les aveux de Zborowski lui avaient été «arrachés» à cause de révélations selon lesquelles une personne inconnue avait «tenté d’avertir Trotsky que le Kremlin était parvenu à placer un agent haut dans l’organisation de la Quatrième Internationale en Europe».

Pour le répéter, Hansen en savait bien plus qu’il ne le laissait entendre. Il connaissait la lettre d’Orlov qui impliquait Zborowski à la fin de l’année 1938, ainsi que les tentatives de Trotsky pour convoquer une enquête à ce sujet.

Une lettre de suivi de Trotsky en mai 1939 suggère que Hansen a peut-être cherché à étouffer l’affaire. Trotsky s’en plaint: «Je n’ai jamais reçu la moindre information sur les résultats de l’enquête» concernant Zborowski, et «J’ai écrit à Joe [Hansen] à ce sujet… mais je crains de ne pas avoir assez expliqué les choses.»

Hansen conclut son article de 1956 par ces mots: «Il semble donc [italique ajouté] que Zborowski était un authentique agent du NKVD, profondément impliqué dans la campagne de meurtres de Staline contre la Quatrième Internationale.» Un simple 'semble'!

Tout en reconnaissant que Zborowski en sait plus qu’il ne l’a admis, Hansen ne réclame pas qu’il soit contraint de témoigner sur tout ce qu’il sait concernant l’assassinat de Trotsky. Au lieu de cela, il conclut froidement son article ainsi: «Les maigres aveux qu’il a faits ajoutent une pièce de plus à la montagne de preuves condamnant Staline comme la figure la plus sinistre que l’histoire ait jamais connue. La vérité avance lentement, mais elle avance.»

Nous arrivons enfin au récit de Hansen concernant sa rencontre avec le FBI à Mexico, le 31 août 1940. Comme il le fait si souvent, Hansen commence par éluder la question. Il évoque les visites de McGregor à la villa de Trotsky pour laisser entendre qu’il n’y avait rien d’anormal dans sa propre visite au consulat américain. Mais les rencontres de Trotsky n’étaient pas secrètes, et l’enquête La sécurité et la Quatrième Internationale les avait déjà traitées dans son rapport initial.

Hansen affirme que la pratique consistant à se concilier les faveurs du consulat américain lui avait été soufflée par Trotsky. Il prétend que Trotsky l’avait déjà envoyé au consulat américain avec pour instruction de «jouer au poker avec eux» afin de gagner la confiance des diplomates américains. Ce récit sera vigoureusement contesté par Harold Robins: «Hansen prête à Trotsky des propos si peu trotskystes… C’est du Hansen, ça. Pas du Trotsky.»

Hansen affirme que sa rencontre d’août 1940 s’est déroulée avec l’approbation de la femme de Trotsky, Natalia, ainsi que d’Albert Goldman, et «d’autres membres du foyer que je pourrais mentionner, en particulier Evelyn Reed». Mais Goldman et Natalia étaient tous deux décédés en 1975 et ne pouvaient plus confirmer son récit. Quant à Evelyn Reed, elle est devenue l’épouse de George Novack, l’allié politique de Hansen.

«L’un des objectifs de cette démarche [au consulat] était de faire tout ce qui était possible pour inciter le département d’État à utiliser ses ressources afin d’aider à identifier l’assassin», déclare Hansen.

Mais le CIQI n’a jamais trouvé un seul dirigeant du SWP de cette période qui ait eu connaissance de cette rencontre. De plus, le SWP n’avait montré aucun intérêt à solliciter l’aide du FBI pour enquêter sur l’assassinat de Trotsky. «Il n’y avait aucune raison», déclarera plus tard Felix Morrow à David North. «Jacson [Mercader] l’avait fait.»

Hansen ne tente pas non plus, dans cette lettre, d’expliquer sa rencontre avec l’agent de la GPU «John». John n’était autre que Gregory Rabinowitz, le principal espion stalinien aux États-Unis. Hansen ne cherchera même pas à expliquer cet épisode avant un an plus tard.

Mais l’explication qu’il a donnée à McGregor lors de leur rencontre au consulat — selon laquelle Trotsky l’aurait exhorté à «aller aussi loin que possible» dans cette affaire, et que cela aurait duré trois mois — est absurde. Hansen n’avait alors que 28 ans, avec à peine quatre ans d’expérience dans le mouvement trotskyste. Il est impensable que Trotsky ait exposé aussi légèrement un jeune camarade et l’un de ses secrétaires personnels à un danger aussi terrible pour une opération de renseignement improvisée, surtout à une époque où ses secrétaires étaient systématiquement assassinés par la GPU.

Cela est totalement étranger à la pratique de Trotsky, qui ne consistait pas à «infiltrer» la GPU, mais à la démasquer publiquement. Tel était l’objectif de la Commission Dewey, qui a occupé une grande partie de ses activités durant les dernières années de sa vie.

Rappelons également sa lettre de 1937, «Il est grand temps de lancer une offensive mondiale contre le stalinisme», citée dans les conférences précédentes, où Trotsky affirme que «le seul moyen» de «purger les rangs du mouvement [révolutionnaire] de la terrible contagion du stalinisme» est «de révéler la vérité aux travailleurs, sans exagération, mais aussi sans aucun fard».

Il était également contraire à sa pratique d’organiser des rencontres secrètes avec des représentants du gouvernement américain, ce qui aurait été politiquement nuisible et sans utilité. Un exemple édifiant de son approche remonte à fin 1939, lorsque Trotsky s’est vu proposer de témoigner devant le Dies Committee au Congrès (qui deviendra plus tard la House Un-American Activities Committee), sur les activités du stalinisme.

Il n’a accepté cette offre qu’à la condition de pouvoir témoigner en personne et publiquement. Le comité a refusé. Trotsky a décliné l’offre de fournir un témoignage écrit, répondant au Congrès: «Si M. Dies souhaite mes opinions uniquement sous forme écrite, qu’il lise mes livres.»

Hansen fabrique une image de Trotsky à Coyoacán comme un homme morose, désintéressé de sa propre sécurité. Il écrit que Trotsky trouvait «intolérables» des mesures de sécurité élémentaires, comme fouiller les visiteurs pour détecter des armes ou éviter de rencontrer des gens seul. Selon Hansen, Trotsky considérait ces mesures comme inutiles pour arrêter la machine meurtrière de la GPU.

Hansen, citant l’un de ses articles précédents, affirme que Trotsky était pratiquement sous surveillance suicide après la mort de son fils, Leon Sedov. Il écrit qu’il a discrètement enlevé le pistolet de Trotsky de son bureau dans les semaines qui ont suivi la mort de Sedov. «Le vrai problème de sécurité, dans ce cas, n’était pas de contrer le danger posé par les visiteurs, mais d’aider LD [Trotsky] et Natalia à traverser cette période très difficile de leur vie sur le plan personnel», déclare-t-il.

Prétendre que Trotsky aurait pu envisager le suicide n’est pas seulement une insulte à sa mémoire, c’est aussi en totale contradiction avec sa carrière de révolutionnaire s’étendant sur plusieurs décennies. Cet homme a dirigé deux révolutions et commandé l’Armée rouge pendant la guerre civile. Trotsky était un dirigeant des masses qui abordait même les événements les plus terribles avec une immense objectivité politique, et avec une conscience très aiguë de son propre rôle dans l’histoire.

Franchement, ce n’était pas un homme étranger à la mort et à la tragédie personnelle. Bien que profondément affecté sur le plan personnel, Trotsky ne s’est pas effondré en apprenant la mort de son fils. Il a réagi en exigeant que la police française enquête sur sa mort à l’hôpital en la considérant comme un meurtre.

Mais surtout, c’était une question éminemment politique. Trotsky aurait compris les implications politiques catastrophiques qu’un tel acte aurait eues pour la Quatrième Internationale. Cela aurait été interprété comme un aveu d’échec. Pour Trotsky, un tel acte aurait été politiquement inadmissible.

Cette question avait un précédent dans le mouvement. Un épisode politique marquant pour la génération de Trotsky avait été le suicide du gendre et de la fille de Karl Marx, Paul et Laura Lafargue, en 1911, un acte qui avait suscité une controverse considérable au sein de la Deuxième Internationale.

En 1927, l’oppositionnel de gauche Adolf Joffe s’est suicidé pour protester contre l’exclusion de Trotsky du Parti. Joffe était en très mauvaise santé, et le gouvernement soviétique venait de lui refuser l’autorisation de se faire soigner à l’étranger.

Un témoin a plus tard raconté la scène de Trotsky aux obsèques de Joffe. Sa mort «a profondément affecté Trotsky. Ce genre de mort pouvait entraîner des imitations inadmissibles de la part d’autres… cela ne pouvait être toléré.»

Trotsky a conclu son oraison funèbre par ce que l’auteur qualifie «d’appel vibrant à la vie». Les mots ardents de Trotsky ont marqué la foule de 10.000 auditeurs, résonnant comme du métal. ‘Personne n’a le droit de suivre l’exemple de cette mort. Vous devez suivre l’exemple de cette vie’.»

Ce témoin conclut: «Nous n’avons jamais oublié cet ordre, ce commandement, même durant les jours les plus sombres de la répression stalinienne.»

Ce récit sur Trotsky, issu d’une période extrêmement difficile quelques mois seulement avant son premier exil, contredit totalement l’image que Hansen donne d’un Trotsky léthargique et potentiellement suicidaire.

Mais Hansen persiste et signe. Il répète une anecdote qu’il avait déjà racontée pour laisser croire que son propre mépris des mesures de sécurité découlait de l’attitude de Trotsky:

Chaque fois que le sujet [de la sécurité] était abordé, Trotsky aimait raconter l’histoire de [Roman] Malinovsky, devenu membre du Bureau politique du Parti bolchevique, son représentant à la Douma et un confident de confiance de Lénine. Malinovsky était en même temps un agent de la police secrète du tsar, la redoutable Okhrana. Il avait envoyé des centaines de bolcheviks en exil et à la mort. Pourtant, pour maintenir sa position de confiance, il lui fallait propager les idées du bolchevisme. Ces idées ont finalement causé sa perte. La révolution prolétarienne est plus puissante que le plus rusé des espions policiers.

Avec cette anecdote, Hansen tente d’attribuer à Trotsky l’opinion que les mesures de sécurité sont sans importance, car de toute façon, on s’occupera des agents après la révolution. Entre-temps, les agents ne devraient pas seulement être tolérés, mais pourraient même jouer un rôle positif dans le mouvement!

Il poursuit dans cette veine, soutenant que c’était non seulement la position de Trotsky, mais aussi celle de Lénine.

Lorsqu’en 1912, les premiers soupçons ont pesé sur Malinovsky, Lénine a refusé d’y croire. En mai 1914, la question a atteint son paroxysme après que Malinovsky ait soudainement démissionné de la Douma et quitté le pays.

Le rôle de Malinovsky a été prouvé plus tard, après la révolution de Février. En 1917, Lénine a expliqué qu’il n’y avait pas cru auparavant, car «Si Malinovsky avait été un provocateur, l’Okhrana n’en aurait pas tiré autant de bénéfices que notre Parti n’en a tiré de la Pravda et de tout l’appareil légal.»

Hansen utilise cette citation pour élever le refus initial de Lénine d’enquêter au rang de principe politique. Il sous-entend presque que Lénine n’aurait pas agi différemment, même s’il avait eu une preuve irréfutable de sa culpabilité.

Il ne fait aucun doute que la position initiale de Lénine sur Malinovsky était une grave erreur de jugement. Malinovsky avait été mis en cause par de nombreuses personnes, à l’intérieur comme à l’extérieur du Parti bolchevique, mais cela n’a pas été correctement suivi. Sa position peut se comprendre, sans pour autant être excusée, en raison des difficultés de communication en exil et de la manière dont les mencheviks ont exploité les soupçons contre Malinovsky pour attaquer les bolcheviks.

Mais l’erreur de Lénine a été corrigée après que Malinovsky ait finalement été démasqué. Lorsqu’en 1918, Malinovsky est réapparu à Petrograd, il a été jugé et fusillé, comme Hansen lui-même le reconnaît.

Plus tard, dans La Maladie infantile du communisme, Lénine a écrit à propos de cet épisode:

Dans notre cas, en revanche, l’alternance rapide du travail légal et illégal… a parfois donné lieu à des conséquences extrêmement dangereuses. La pire d’entre elles [souligné par l’auteur] fut que, en 1912, l’agent provocateur Malinovsky s’est introduit au Comité central bolchevique. Il a trahi des dizaines et des dizaines des meilleurs et des plus loyaux camarades, les a fait condamner aux travaux forcés et a hâté la mort de beaucoup d’entre eux.

Qu’il n’ait pas causé encore plus de tort [souligné par l’auteur] était dû à l’équilibre correct entre travail légal et illégal.

En d’autres termes, Lénine ne disait pas que le rôle de Malinovsky en tant que dirigeant du parti compensait d’une manière ou d’une autre son rôle d’agent, mais que le parti avait pu limiter les dégâts causés par Malinovsky.

Il concluait par un avertissement au mouvement, l’exhortant à tirer les leçons de cette expérience:

Dans de nombreux pays, y compris les plus avancés, la bourgeoisie envoie sans aucun doute des agents provocateurs dans les partis communistes et continuera à le faire. Une combinaison habile du travail illégal et légal est l’un des moyens de lutter contre ce danger.

L’affaire Malinovsky prouve exactement le contraire de ce qu’affirme Hansen. Si les leçons avaient été correctement assimilées, Zborowski n’aurait peut-être jamais réussi à s’infiltrer aussi facilement dans l’entourage de Léon Sedov. À tout le moins, il aurait fait l’objet d’une enquête sérieuse après le vol des archives de Trotsky. Sans cet agent précieux de Staline en place, la GPU aurait eu bien plus de mal à encercler Sedov, Trotsky et d’autres avec ses agents et à préparer leurs meurtres.

Ce que Trotsky disait vraiment dans l’anecdote de Hansen, c’est que la défense la plus fondamentale contre la GPU réside dans la lutte politique du parti pour démasquer le rôle criminel du stalinisme, briser son influence dans la classe ouvrière et établir la Quatrième Internationale comme le parti mondial de la révolution socialiste.

Hansen s’opposait à cela. Il a consciemment méséduqué les jeunes révolutionnaires et favorisé chez eux des illusions dangereuses.

L’interprétation fallacieuse de l’expérience Malinovsky par Hansen pour justifier l’indifférence envers le travail des agents staliniens est une forme vulgaire de l’argument pabliste selon lequel des «marxistes inconscients» — une catégorie dans laquelle ils rangeaient Fidel Castro — poussés par l’inévitabilité historique et malgré eux, pourraient servir d’instruments pour réaliser la révolution socialiste.

Cela s’est résumé et cristallisé dans ce qui est devenu le mantra infâme du SWP: «les agents font du bon travail».

En tenant ce discours, les pablistes montraient qu’ils étaient prêts à faire affaire avec n’importe qui. Leur défense des agents cherchant à détruire la Quatrième Internationale équivalait à une déclaration d’hostilité envers la poursuite de son existence.

L’article de Hansen a été complété par un autre article, publié le 20 novembre par George Novack. Il est rédigé dans le même esprit que celui de Hansen. Il commence par se plaindre que le «Comité international sectaire» était «totalement obsédé» par «cet événement survenu il y a trente-cinq ans».

Dans une discussion précédente, David a déjà répondu à cette affirmation selon laquelle l’assassinat de Trotsky appartenait à l’histoire ancienne. L’écart de temps entre l’assassinat de Trotsky et 1975 est inférieur à celui qui sépare le début de l’enquête La sécurité et la Quatrième Internationale et aujourd’hui.

Novack ignore toutes les preuves révélées par l’enquête, préférant mener des attaques personnelles contre Healy. Il écrit que Healy est «un menteur sans scrupules, un coquin invétéré et un voyou politique». Tentant un argument d’autorité, il se présente comme «un expert en montages de toutes sortes», ce qui le «qualifie autant que quiconque des deux côtés de l’Atlantique pour juger de la probité des deux hommes [Healy et Hansen]» et «rendre un verdict», sans aborder un seul fait soulevé par l’enquête.

Novack avance deux arguments supplémentaires. Premièrement, il soutient qu’il était «à peine possible de tenir indéfiniment à distance une bande d’assassins déterminés, dotés de ressources inépuisables», pour empêcher le meurtre de Trotsky. «Malgré toutes les forces à leur disposition, les tsars russes et les Kennedy sont devenus les victimes d’assassins. Comment un exilé isolé, aux ressources limitées et avec quelques amis dans un pays étranger, aurait-il pu réussir là où l’entourage de ces puissants chefs d’État avait échoué?»

Autrement dit, Novack affirme qu’il était impossible d’assurer la sécurité de Trotsky. Cette attitude défaitiste est contredite par les faits révélés par l’enquête. Lors des deux tentatives, les assassins avaient pénétré dans la villa de Trotsky — que le chef de la police mexicaine avait plus tard décrite comme «une maison-forteresse» dotée de «défenses élaborées» — grâce à la complicité d’agents de la GPU infiltrés à l’intérieur. L’assassinat de Trotsky a été la conséquence d’une série de graves défaillances en matière de sécurité, comme David Rye l’a exposé lors de la discussion d’hier.

Tout en présentant l’assassinat de Trotsky comme une fatalité cosmique, Novack couvre les responsables. Il dénonce ce qu’il qualifie d’«allégations irresponsables et indiscriminées», selon lesquelles «le garde de Trotsky, Sheldon Harte, âgé de 19 ans» — en réalité, il en avait 25! — «Sylvia Caldwell, la secrétaire de Cannon; et Lola Dallin (c’est-à-dire la ‘sœur siamoise’ autoproclamée de Zborowski)» étaient des agents.

Novack défend son rôle dans l’introduction de Zborowski aux États-Unis en 1941, aux côtés de Lola Dallin, en affirmant que le rôle d’agent de Zborowski leur était «inconnu».

C’est faux. Non seulement des trotskystes éminents en Europe avaient soulevé des soupçons, mais il y avait aussi les deux lettres adressées à Trotsky par Alexander Orlov. Dallin elle-même, que Novack présente comme une héroïne, avait vu la lettre impliquant Zborowski lors d’une visite à Coyoacán et avait tenté d’égarer Trotsky.

Novack défend ceux qui sont impliqués dans l’assassinat, mais accuse Trotsky et Sedov d’être responsables de leur propre mort. Il écrit:

De même, Healy ne voit pas que Hansen et les autres ne sont que des figures secondaires dans ce drame. Les acteurs principaux [souligné par l’auteur] étaient Trotsky et Sedov eux-mêmes, qui ont fait confiance à Étienne et permis à Jacson d’entrer dans leur entourage. En s’en prenant aux trotskystes américains, Healy s’attaque aux victimes elles-mêmes.

En réalité, c’est Hansen, et non Trotsky, qui a permis à Mercader d’entrer dans la villa. Mais plus fondamentalement, c’était au SWP, et non à Trotsky, d’assurer sa sécurité.

L’argument de Novack revient à ressusciter l’ancienne théorie stalinienne de l’«auto-aggression», accusant Trotsky même de sa propre mort pour détourner l’attention du rôle réel joué par les agents de la GPU.

La réaction du SWP a été d’enterrer systématiquement les conclusions de La Sécurité et la Quatrième Internationale. En agissant ainsi, il couvrait ouvertement le rôle des agents de la GPU dans l’assassinat de Trotsky.

Le 23 décembre, un mois après la publication de l’article de Hansen, Harold Robins, capitaine des gardes de Trotsky, envoya une lettre à la direction du SWP pour l’exhorter à «répudier la réponse inexcusable et politiquement criminelle de Joseph Hansen». Il demanda:

Une organisation trotskyste peut-elle justifier le rejet catégorique d’une enquête sur «l’Assassinat de Léon Trotsky», alors que le SWP n’a jamais fait le moindre effort pour consigner les témoignages des camarades ayant servi dans la garde rapprochée de Trotsky? »

Cette lettre resta sans réponse. Le silence persistant du SWP contraignit le CI à intensifier sa campagne. Cela se concrétisa le 1er janvier 1976 par la publication d’un texte majeur intitulé: «L’acte d’accusation: complices de la GPU». Ceux mis en accusation étaient Joseph Hansen et George Novack.

L’utilisation du terme «complices» est ici significative. Le CI n’accusait pas Hansen et Novack d’être eux-mêmes des agents. Mais ceux qui couvrent les activités de la GPU, comme ils le faisaient, se rendent eux-mêmes complices après coup.

Le texte commence ainsi :

Nous accusons Joseph Hansen et les dirigeants du Socialist Workers Party (États-Unis) d’avoir délibérément couvert les meurtres et la pénétration du mouvement trotskyste par la GPU à des fins d’espionnage et de sabotage. Cette dissimulation, menée pendant 35 ans, a directement aidé la GPU.

«Ce n’est pas la première fois que les questions entourant l’assassinat de Trotsky sont étouffées», poursuit le texte. «Lorsque Henricus Sneevliet, secrétaire du Parti socialiste révolutionnaire ouvrier aux Pays-Bas, et Georges Vereeken, du mouvement trotskyste belge, ont soulevé pour la première fois des questions sur la culpabilité de Zborowski à la fin des années 1930, ils ont été victimes des calomnies de la GPU».

La campagne de Vereeken pour une enquête sur Zborowski lors de son procès en 1956 fut étouffée, et en 1964, Vereeken «fut calomnié comme ‘sectaire’» lorsqu’il voulut lire un document impliquant Zborowski et le réhabilitant lui et Sneevliet.

L’acte d’accusation comportait huit chefs d’accusation. Les voici :

  1. Que pendant 37 ans, Joseph Hansen a tu au mouvement trotskyste les détails de ses contacts personnels avec un agent de la GPU connu sous le nom de «John» [Gregory Rabinowitz] à New York en 1938.

  2. Que Joseph Hansen et George Novack ont délibérément créé des diversions et mené des campagnes de calomnies pour empêcher une enquête approfondie sur les mesures de sécurité à Coyoacán, où Trotsky a été assassiné le 20 août 1940.

  3. Que Joseph Hansen et George Novack ont protégé et couvert Sylvia Franklin, agent de la GPU au sein du Socialist Workers Party, devenue secrétaire personnelle de feu James P. Cannon durant les années 1940.

  4. Que Joseph Hansen a manœuvré pour empêcher toute enquête sur le rôle de Robert Sheldon Harte, le garde envoyé par le siège new-yorkais du SWP dans l’entourage de Trotsky en avril 1940.

  5. Que Joseph Hansen a étouffé le fait qu’en 1941, c’est le Socialist Workers Party qui a aidé à faire entrer aux États-Unis, en provenance de France, le principal agent anti-trotskyste de Staline, Mark Zborowski.

  6. Nous accusons George Novack et Mme David Dallin (Lola Estrine) d’avoir permis l’entrée aux États-Unis de l’espion de la GPU Mark Zborowski et de l’avoir réintégré au plus haut niveau de la Quatrième Internationale, alors qu’il était gravement suspect, avant d’étouffer ce fait pendant 35 ans.

  7. Que Joseph Hansen a délibérément couvert la carrière d’espion de la GPU de Floyd Cleveland Miller, un stalinien américain qui a mis sur écoute le téléphone personnel de James P. Cannon pendant un an avant de rejoindre le SWP pour devenir une figure majeure dans l’organisation des marins trotskystes.

  8. Que George Novack accuse Léon Trotsky et son fils Léon Sedov d’être responsables de leur propre mort.

«C’est le mensonge le plus monstrueux de tous,», peut-on lire dans l’acte d’accusation, «un mensonge que Novack a tiré directement de la GPU.»

«Pourquoi Novack accuse-t-il Trotsky et Sedov d’être responsables de leur propre mort?», conclut-il. Trotsky a répondu à cette question dès 1940, lorsque la GPU a utilisé pour la première fois cette calomnie: «Il fallait en même temps détourner, autant que possible, l’attention de la GPU, sans pour autant se lier complètement les mains.»

L’acte d’accusation conclut:

À trois reprises en 1975, le Comité international de la Quatrième Internationale a exigé que Hansen réponde aux questions concernant la sécurité révolutionnaire dans la Quatrième Internationale. Sa réponse fut un refus catégorique… accompagné d’une campagne sans précédent de mensonges et de calomnies.

En refusant de répondre, Hansen se rend complice de ceux qui ont tué Trotsky, ses enfants, ses secrétaires, les vieux bolcheviks et d’innombrables révolutionnaires — la GPU… toutes les tentatives, depuis des années, pour établir la vérité sur les meurtres et l’infiltration de la GPU au sein de la Quatrième Internationale ont été bloquées.

Une méthode claire se dessine: abordez la question de la sécurité révolutionnaire au sein de la Quatrième Internationale, et vous devenez immédiatement la cible d’une campagne de calomnies, de ragots et de mensonges des plus ignobles. C’est le langage de la GPU et de ses complices, Hansen et Novack.

Le Comité international de la Quatrième Internationale ne se laissera pas intimider par les calomnies de Hansen. Il est plus fort que la machine à mensonges de Hansen et de la GPU, car il incarne la continuité historique de la lutte de Trotsky pour construire la Quatrième Internationale en tant que parti mondial de la révolution socialiste.

La GPU et ses complices comme Hansen ne peuvent plus étouffer la vérité.

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